Le rêve littéraire

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Dans un rêve aux teintes de grâce et de parure,
Au creux de l’ivresse, bercé par le reflux
Des mots abandonnés pour de simples figures
Oubliées dans la tête des gosses de la rue,

Un monde balbutiant, autant que leurs racines
Qui croissent sans pudeur, inconscient du bal
De leurs muses folles, se dresse et imagine
Sans amour et sans joie les enfants de la balle.

Insoucieux des us et du vacarme des
Frontières natales, désirant la camarde
Des cœurs, ce pays, où l’on sème les vents des
Mers de la jeunesse consolante, regarde

Pousser le dégoût et l’infortune des âmes ;
Plus fort que leur humour, plus puissant que leur
Plume plantée dans le parterre de leur flamme.
Ô que le temps s’affole ! Ô qu’il les mette en fleur !

Ils croiseront plus tard sous des cieux toujours noirs
La folie du monde faible ; toujours portés
Par leurs lyres beaucoup trop lourdes des espoirs
De leur gaminerie, sans un sou de gaieté,

Et sans hiver, et sans été. Ils vogueront,
Léchés par les vagues des hommes du hasard,
Ces lames souffrantes. Ils vogueront au son
Des sirènes haïes sur ces fleuves bizarres.

Cachant leur détresse par des voiles diaphanes,
Cousues main, oubliant les esprits qui s’agitent,
Leurs mots seront toujours la Beauté qui se fane ;
Celle-là même qui leur offre leur mérite

Et les condamne à la peine du voyageur
Errant sur la route des années endormies,
Fuyant la peste brune à chacune des heures
Suppliantes, aimant la douceur de leurs nuits.

Abîmés les tubes de bleu, effacée l’encre
Des temps de carême, la lumière amère
De leur pauvre abat-jour sur leur tête de cancre
Tuera la chimère des journées rancunières ;

Elle aura tôt fait de lever l’ancre de suif.
L’odeur de leurs pères, rongés par le remord
Sous l’œil niais des badauds, guidera leur esquif ;
Fragile barque du désespoir et du tort

De cette fée penchée au-dessus du berceau ;
Bateau calamiteux sans marin à son bord,
Ni capitaine de cérémonie. A l’eau !
Tous à l’eau ! Ainsi que des chercheurs de trésor !

Camarade éphémère à la main trop tremblante,
Baignant leurs alentours, où sans doute je ne
Serais jamais, d’une prophétie hésitante ;
Le poème futur et la pensée trop jeune.

Faiseur de calomnie, goûteur de simulacre
Du dégoût pathétique, amuseur pour enfant
A la foire aux oublis, leur sourire de nacre
S’effacera petit à petit sur les bancs

De leurs vieux souvenirs, de leurs jeunes absences ;
La nymphe de falaise aura versé bien sûr
Tout un océan de drames et d’espérance.
Écoutez la chanson des larmes qui perdurent.

Enfantant sur la rive européenne ou non,
Caressant ces années de perdition lointaine,
Agréable et plaisante ils nous raconteront
L’histoire de ces gens qui sans cesse s’éprennent

De nouvelles passions, d’interminables phases ;
Leur histoire, entendez-là monter des abysses
Où des créatures, bouffées par cette extase,
Prient le jour et la nuit le frère d’Artémis.

Dès lors ils porteront, couronne d’aubépine
Sur leur tête penchée, le sentiment profond
D’être le pétale, et la racine, et l’épine.
Débutant messager aux longs cours, ils seront

La voix des idylles ; le bras des naufragés
Qu’on tend lorsque naissent, au sein d’un cocon blanc,
Des Vénus accostées sur les rives glacées
De ce monde rêvé, amenées par le vent.

Ils cueilleront alors, matelots insensés,
La rose éternelle sur les plages affreuses,
Interdites par leur folle envie de rêver ;
Fleur cicatrisante, complainte pour pleureuse,

Ils échoueront alors sur l’île des maudits,
D’où ils devront payer, naïfs et imbéciles,
La dette regrettable et, pour n’avoir mots dit,
Ils fuiront ce désert qu’ils, floraison futile,

Ne quitteront jamais ; emmenant avec eux
Des bouquets de chiendent, des algues maritimes
Aux arbres flamboyants, ils n’auront de chez eux
Qu’un vague souvenir, malheureux et sublime.

Amis, compagnons de voyages innocents,
Coupables de trop penser, de trop aimer,
Accrochés à leur mât, potence conjuguant
Le verbe du présent, ils seront le passé

Et le futur ; comme des chiens après leurs os
Qui, avec leurs griffes et leurs crocs, défigurent
Leurs proies, imprudents, ils chercheront le repos
Dans leur rêve aux teintes de grâce et de parure.


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