Le Renard et son doute

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Un renard affamé parcourait la campagne
Maudissant le destin qui l’avait fait un jour
Naître ici et non pas en pays de Cocagne.
L’obligeant par nature à chercher chaque jour
Au détour d’un bosquet son repas de midi
Ou son repas du soir dans un terrier profond.
Il rêvait, il pestait, n’accordant de crédit
Qu’à son ventre creusé par tant de privation.

« Rien d’autre à ruminer que de sombres pensées ! »
Se lamente la bête poursuivant son chemin.
Lorsqu'il marque l’arrêt, toute oreille dressée,
Alerté par un bruit, là-bas, dans le lointain.
C’est un son familier qu’il reconnaît de suite.
Un fort caquètement mêlé d’un bruit de plumes !
Dans le cœur du vallon, un poulailler palpite,
Et dans l’œil du goupil, une lumière s’allume.

Parvenu aux abords d’une ferme isolée
L’affamé échafaude déjà une ruse.
Il lui faudra franchir la clôture barbelée
Sans que soit remarquée une présence intruse.
De son bruyant festin, il n’est qu’à quelques mètres,
Quand soudain il se fige, et n’en croit pas ses yeux
La porte de l’enclos est restée grande ouverte !
Mais loin de se réjouir le voici suspicieux.

Ne serait-ce pas là une habile manigance ?
Qu’un rusé rencontrât un rusé et demi ?
L’homme est une créature peu digne de confiance
Capable d’artifices pour nuire à l’ennemi.
L’animal n’est pas dupe de ce fin stratagème
Cette porte béante ne peut être un hasard
Ce serait pure folie que d’y entrer quand même
Il n’est pas si aisé d’abuser un renard.

Restant sourd aux appels d’un ventre suppliant,
Cet efflanqué renonce, bien que la mort dans l’âme.
La promesse était grande et le lieu accueillant,
Mais une porte ouverte précipita le drame.
Le soir même le fermier passant près de la cage,
Blâme son étourderie et ferme la clôture.
« Aucun rôdeur par chance, n’était dans les parages,
Il aurait pu sans peine trouver sa nourriture ! »

S’il peut paraître sage d’entretenir le doute,
Toute roche pourtant ne cache pas d’anguilles.
Le venin du soupçon se distille goutte à goutte,
Celui qui perd le fil n’a plus besoin d’aiguille
À trop vouloir chercher derrière les apparences
Une vérité cachée, un complot, une ruse
On peut perdre de vue une simple évidence
Et ne voir de la vie que sa face confuse.
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