Le prédateur et la jouvencelle

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Français des îles, amoureux des villes, partisan du voyage, s’il rime avec partage, je te salue, rêveur, auteur, mon ami, ma sœur, inconnue reconnue  [+]

Image de Eté 2016
Il était une fois un garçon.
D’un pas cavalier le hussard,
Menton levé, poitrail bombé,
Arpente ruelles et boulevards,
Paradant comme au défilé.
Cheveux plaqués sous la pommade,
Regards de chineur aux aguets,
En quête d’idées, l’esprit en rade,
Il n’est pas avare de clichés :

« Ah, les beaux fruits de jouvencelles,
Que je m’en vais croquer ce jour,
Enflammez-vous, douces gazelles,
Je suis le chemin vers l’amour.
Quand dans mon viseur vous serez,
Mon regard ignorant le doute,
Du feu de mes yeux vous fondrez,
Pan, pan et pan, je vous ai toutes.
Car si le gibier a du cœur,
Et cela lui sera fatal,
C’est qu’il bat pour son prédateur,
J’ai dû lire ça dans un journal.
Je suis un chasseur bien armé,
J’ai un calibre de grand prix,
Deux cartouchières bien chargées,
Et suscite la jalousie ».

Aussi cogitait le hussard,
Sans trop abuser de raison.
Entre maquis, plaine et buisson,
Le gibier tarde à se faire voir.
Et si de l’amour, le hasard,
Prend le dessus, pique le cœur,
Ce n’est pas toujours à la gloire,
De notre ami le prédateur.
Lors, à la croisée de chemins,
Finit par surgir une belle,
Qui planta en un tour de main,
Quelques fléchettes bien à elle.

En voilà un fier gladiateur,
Dans son bel ensemble en treillis,
Je m’en vais l’assurer sur l’heure,
Que tout ne tient pas qu’à l’habit.

« Ne voyez pas là d’insolence,
Ni la moindre provocation,
Mais cette allure, cette assurance,
Suscitent, à vous voir, des questions.
Car je m’interroge et m’étonne,
Lorsque je rencontre un garçon,
Et constate qu’il affectionne,
À trop bien mimer le dindon.
Ce treillis paramilitaire,
Que vous arborez jour et nuit,
Est-il revêtu pour nous plaire,
Ou faire valoir le gabarit ?
Et lorsque vous livrez bataille,
Croyant faire feu d’un tir nourri,
Camoufle-t-il la mitraille,
Pour que vous le gardiez au lit ? »

J’aspire à comprendre les hommes,
Et ce qu’ils cherchent à cacher,
A vouloir en faire des tonnes,
Et avoir de gros pistolets,
Des assortiments de fusils,
Mousquets, revolvers ou canons,
N’est-ce qu’une bien triste manie,
Ou l’aveu de compensation ?

« Dites-moi mon bel Artaban,
Je me dois de vous faire savoir,
Quand il ne sait faire que pan, pan,
Un fusil n’est qu’une pétoire,
Une antiquité, un enfer,
Qui vous éclate dans les mains.
Nous ne pourrons pas faire affaire,
Celui-ci manque un peu de soins :
Tout d’abord un bon nettoyage,
Inutile de le briquer,
La pratique d’un tel usage,
Va finir par l’enrayer !
Ensuite, vous réglez la détente,
C’est prudent, on ne sait jamais,
Mieux vaut forcer un peu l’attente,
Que risquer de tirer de biais !
Enfin, c’est bien plus qu’un espoir,
Veuillez à lui mettre un étui,
Quand il découvre un territoire,
Et ce de jour comme de nuit !
Voilà garçon un bon programme,
Pour ne plus vous brûler les ailes,
Quand vous cherchez à plaire aux dames ».
Et tourne les talons la belle...

Tout chasseur partant chasser,
Prendra son fusil et ses douilles,
Qu’il s’abstiendra d’exhiber,
Pour ne pas rentrer bredouille !

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