LE PASSAGE DE JEAN-GUY MANAC'H

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Lorsque je m'applique à la versification classique, je m'attache depuis quelques années à respecter les exigences qu'exprima jadis François de Malherbe : la poésie est fille de contrainte, le  [+]

Sur le dos de l'océan rauque

Des cris, des craquements de bois,

La tempête s'applique à tordre

Un brick en improbable état.

L'heure à venir s'annonce glauque

Pour les matelots aux abois.

Le vieux patron hurle un contrordre

Que les hommes n'entendent pas.

D'un bord à l'autre le pont tangue,

Les marins sont brinquebalés,

Une vague énorme percute

Par le travers coque et gréement,

Suppliciant les trente varangues

Qui tiennent l'ensemble assemblé.

La mâture résiste lutte,

Le Kaloneg gémit au vent.



Mais le Hasard régit, commande,

Fait chalut lourd, veuve qui pleure,

Il épouse les traits d’Éole

Et ballotte, cingle, meurtrit,

Ces hommes livrés en offrande.

Il faudra bien qu'un d'entre eux meure,

Fol pêcheur de piètre pactole,

Le pain gagné l'est à ce prix.
.
Un gars de Penmarc'h glisse et tombe,

Se redresse on ne sait comment,

Chute encor, la mer le soulève

Jaune suroît, sens aux abois.

Du pont d'un navire à la tombe

Il n'est besoin que d'un instant,

A peine un cri, déjà l'on crève

Étripaillé comme un anchois.



Jean-Guy Manac'h sent que la lame

L'emporte en elle, l'engloutit,

Seconde ultime où se condense

L'essentiel entre terre et mer :

Gwenn qu'il aima plus que son âme,

Jamais à elle il ne mentit.

Elle était comme une évidence

D'aube laiteuse et de soir clair.

Il touche à présent son visage,

Il s'imprègne de son parfum.

Elle porte des ailes d'ange,

Elle tient le Temps d'un seul doigt.

Ils s'en vont deux sur une plage

Sable blond, unisson sans fin,

Personne ici ne les dérange,

Saint Pierre a les clefs de l'endroit.
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Bruno Adjignon · il y a
Des vagues de 12 mètres, ce n'est pas vague mais précis !
Et impressionnant !
Impossible de rire sous cape !

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Ray dit Kourgarou · il y a
Difficile de rire sous cape avec le trouillomètre à zéro et les millibars du baromètre en folie.
Un pied dans la coursive et l'autre sur une cloison, l'estomac en vrac, les tripes à la mode d'on ne sait où, on prie.
Quand la mer t'appelle t'appelle ta mère, amer d'être en mer, attendant que ça se calme pour apercevoir un amer sur une côte plutôt que descendre aux enfers.

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Bruno Adjignon · il y a
C'est les rattes les plus contrariantes effectivement : elles nous engloutissent sous leurs portées si nous n'étalons pas promptement leurs tempêtes.
Bon si c'est raté, dites-le moi, j'en conclurai que j'ai l'humour à mer.

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Ray dit Kourgarou · il y a
Les vagues vagues, donc normales dans une mer 2, c'est pas chiant si ça reste une mer qui ne grossit pas, mais quand les vagues se dilatent, scélérates ... 🙄
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Ray dit Kourgarou · il y a
Pour avoir affronté des creux de 12 mètres en golfe de gascogne (nous obligeant à nous mettre à la cape) ce poème me touche particulièrement et me remet en mémoire des souvenirs de totale impuissance face aux éléments.
Certaines vagues scélérates dépasseraient les trente mètres, c'est monstrueux.

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Randolph · il y a
Je vous découvre, monsieur, et avec grand plaisir ! Ce poème nous entraine en "haute mer" (dans les deux sens du terme). Merci !
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Bruno Adjignon · il y a
Merci mille fois, d'être passé, d'avoir apprécié, pour votre élégance aussi.
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Randolph · il y a
Je vous en prie, c'est sincère et normal.
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Ça sent l'iode, ça fouette et j'ai même appris des mots, alors merci pour ce grand bol d'air frais !
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Bruno Adjignon · il y a
Mon Dieu que c'est gentiment troussé ! Merci RAC pour ce message de petit matin dominical.
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Bruno Adjignon · il y a
F. Gouelan, je vous remercie !
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F. Gouelan · il y a
La vie sombre dans la mer puis s'en va rejoindre le ciel.
Histoire tragique, bien contée.

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Cerise R. · il y a
« C’est pas l’homme qui prend la mer... », cette chanson de Renaud m’est immédiatement venue à l’esprit. Je me suis sentie solidaire de Jean-Guy tant son calvaire est formidablement bien écrit. J’aime le réalisme qui n’exclue pas la poésie. Votre plume est précise et nous offre de jolies formules « Mais le Hasard régit, commande...il épouse les traits d’Eole » (le H majuscule à hasard nous rappelle notre impuissance, enfin, je le ressens ainsi). C’est un coup de projecteur sur ce dur métier de pêcheur. Je suis touchée également par le passage « Seconde ultime où se condense
L'essentiel entre terre et mer » : c’est beau et tellement vrai que les épreuves les plus terribles nous permettent souvent de prendre conscience de ce qui compte, « l’essentiel ». Le paradis après l’enfer sous votre plume devient universel, au-delà des dogmes et des croyances, juste une image remplie d’espérance et apaisante. C’est votre commentaire sous le poème d’Isabelle Lambin qui m’a conduite ici, puis votre petit texte de présentation qui m’a séduite. Le « Hasard » commande...et j’obéis. Merci.

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Bruno Adjignon · il y a
Oups ! Merci Cerise R ! Je ne viens plus par ces terres, sauf pour répondre à qui prend la peine de me faire un signe.
Votre commentaire me le fait regretter : je crois que je vais repasser, juste pour le plaisir d'avoir de tels retours, mais sans plus rechercher quoi que ce soit d'autre.
Merci encore Cerise R. Prenez attentivement soin de vous.

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Isa. C · il y a
Très beau . Mais j'ai pas compris l'utilisation du mot meurt .. Il ne faut pas mettre meure?
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Bruno Adjignon · il y a
Bonsoir, vous avez parfaitement raison ! Ce subjonctif m'a échappé ! Merci pour la lecture attentive !
Je vous souhaite le meilleur.