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Le mythe de la taverne

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Boubitch

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La première fois que j’y suis entré
Ce fut lors d’une fameuse sortie
A peine la porte derrière moi tirée
J'ai su que c’était là mon véritable logis

Royaume odorant des gueules tordues
Peuplé de regards torves et obliques
De langues chargées de diatribes perdues
Serment de pommes macérées contre la chose publique

Chaque soir j’y coure à ma perte
Pour me frotter à ces joues tristes et émaciées
Qui toujours se bisent trop

Ainsi j’y parviens, cœur battu et hors d’haleine,
Ma licence poétique échangée contre sa licence IV
Partageant le zinc d’une étroite scène
Avec d’infidèles compagnons de théâtre

J’avale et aspire en ce lieu l’air vicié
Et les célèbres vapeurs d’absinthe à retrouver
Qui avec les lustres et leur cristal se sont envolées
Bien plus haut que je ne suis perché

Les fantômes évanescents que j’y croise,
S’ils sont maudits, ne sont ni roi, ni poètes
Quant aux mecs gonflés sous leur toise,
Ils s’envoleraient à la première tempête

Chaque soir j’y coure à ma perte
Pour me frotter à ces joues tristes et émaciées
Qui toujours se bisent trop

S’y côtoient des marins belliqueux aux côtes saillantes
Sur lesquelles des lames froides furent brisées
Des encore jeunes aux tronches vaillantes
Et des filles aux corps par la vie gâtés

Les récits de pêches miraculeuses servis aux jobards
Contes de triques bien réelles, aux gaules fantasmées
Mêlés aux élucubrations de princes des ringards
Parties fines Napoléon, imaginaires quoique bien narrées

L’espoir en Don pour celui qui chuchote
Un Pérignon à la main
A l’oreille d’une jolie sotte
De partir en guerre contre tous les moulins

Chaque soir j’y coure à ma perte
Pour me frotter à ces joues tristes et émaciées
Qui toujours se bisent trop

Dans la moiteur de l’urinoir écaillé
Germent des acouphènes éthyliques
Bourdonnements de houblon pressé
Bons mots factices et petites notes de musique

La sciure trop tôt disparue
Malencontreusement troquée
Contre un sol en linoléum joufflu
Que des milliers de pieds collants ont foulé

J’aime ce monde d’âmes errantes désabusées
Qui n’ont comme ultime lucidité
Que de savoir qu’ils ont tort sur tout
Mais reviendront, parce qu’un saoul est un saoul
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