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308 voix

En compétition

Elles venaient en chantant du haut de la grand’ rue,
Se retrouvaient alors en groupes ricanant,
Devant le grand lavoir chacune est bienvenue,
On connaît tout le monde, ça n’a rien d’étonnant.

Marie se mettait là, sur la plus large pierre,
C’était une habitude depuis la nuit des temps,
« Et attention mesdames si vous passez derrière
Car son coup de battoir ferait peur un moment. »

Et puis la Joséphine, la langue de vipère,
Toujours à critiquer les amours interdits,
« Vous savez que la Paule a embrassé le Pierre ? »
Tout le monde le sait mais c’est elle qui dit.

Et là c’est la Germaine qui ne dit jamais rien
Et aussi la Paulette qui sourit tout le temps,
Plus loin c’est la Margot qui a rompu le lien,
Mariée de cet été, à peine vingt printemps.

Elles soulevaient les jupes pour se mettre à genoux,
On voyait les jupons brodés les longs dimanches,
Elles montraient un mouchoir ou des petits bijoux
Achetés au marché, elles relevaient les manches.

Et tapent les buttoirs sur la pierre ruisselante,
Un peu de cendre ici pour une tache tenace,
Puis elles s'essuient le front d’une main caressante
Pour chasser cette mèche qui se permet audace.

Elles parlaient de la messe et du curé trop vieux,
Elles parlaient du soleil qui se fait bien attendre,
Et puis du père Magloire qui a rejoint les cieux,
« Il est bien mieux là-haut, il faut bien le comprendre. »

Dans l’eau de la rivière aussi fraîche que claire
Trempait un bout de drap sali par la dernière,
« Elle est devenue femme, vous parlez d’une affaire,
Elle va bientôt partir et elle sera fermière. »

Elles parlaient de ce Jean qui est parti au front,
Il ne reviendra pas, il ne reviendra plus,
Et combien sont partis et combien s’en iront ?
On ne sait même pas, on ne sait même plus.

Et puis la grande cloche de l’église sonnait,
Il se fallait rentrer pour faire chauffer la soupe,
La journée terminée la soirée commençait,
Du champ on entendait les hommes rentrer en groupe.

Elles se levaient alors, rajustant les jupons,
Prenaient le lourd panier qu’elles mettaient sous le bras,
Repartaient en chantant de petits airs fripons
Qui parlaient de jambons ou de saucissons gras.

Et dans la nuit tombée le lavoir s’endormait,
Adieu toutes ces belles à genoux sur les pierres,
L’eau pure de la rivière en dansant emportait
Les paroles joyeuses, de quelques lavandières.

PRIX

Image de Printemps 2019

En compétition

308 VOIX

CLASSEMENT Poèmes

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Dominique Hilloulin · il y a
On y est, on visualise ! et finalement la longueur du texte à lire n'est pas ennuyeuse car les tableaux décrits nous parlent, tout simplement . Si ce n'est pas indiscret, l'auteur habite - t -il un petit village en campagne ? mes voix, bonne chance pour la finale!
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Alain Verdure · il y a
J'habite une petite ville près de Pontarlier.
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Frederic Tonnelle · il y a
Un peu long pour moi,mais en me laissant transporter,j'y ai trouvé du plaisir:mon vote x 4 et des commentaires que tu prends également plaisir à lire,félicitations Alain!
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Miraje · il y a
Un grand poème qui a tout des chansons réalistes de la Belle époque.
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jam · il y a
J'aime
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Véronique Véro · il y a
Merci pour ce petit passage au lavoir. En le lisant j’ai vécu la scène, commençant moi aussi à laver, dans un coin de ma tête, certains habits qui m’ont fait voyager dans de douces pensées.
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Virgo34 · il y a
Un joli poème, témoignage du temps passé.
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Flore · il y a
J'ai connu un lavoir, enfant...il y a si longtemps et les images ont dansé dans ma mémoire...C'était le temps des vacances en Auvergne, au bord d'une petite rivière "Le Seroux" qui se jetait dans l'Allier...Merci pour ces souvenirs retrouvés.
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Kendra Ladel · il y a
Grâce à votre poème, on peut visualiser la scène, ce qui est plutôt rare avec ce genre de texte. Mon vote, vos poèmes me font toujours autant frissonner...
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Gesanne · il y a
J'ai bq appecié votre poème , riche, coloré, très visuel. Il nous embarque ds ce temps d'hier où les machines ne tournaient pas. Les langues se deliaient là, en trimant. Pas de pause autour de la machine a café. Les filles, à peine, devenues femmes dejà bercaient plusieurs bambins, et s'usaient le corps ici ou là, trop vite .. Mais votre poème a une belle fraicheur, il sent le savon et la vie qui va bon train . Bravo. Ecrivez encore!
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Bibi · il y a
Merci Alain pour m'avoir ramenée à ce temps de mon enfance où j'accompagnais ma mère au lavoir... Mon rôle était d'étendre les lourds draps de lin sur l'herbe de la prairie adjacente. Grâce à vous, j''y suis retournée avec les images, les odeurs et les bruits chers à mon coeur : l'eau, les rires ou disputes et surtout les coups de battoir ( j'en ai pris quelques uns sur le derrière lorsque je n'obtempérais pas assez vite ou étais maladroite avec un drap ! ) Une vraie force d'évocation poétique. Mes voix.
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