Le gourmand

il y a
1 min
31
lectures
6

Je n'ai qu'un cri : des fables, encore des fables  [+]

Un homme aimait le chocolat.
Un jour de chance et de sabbat,
Il s'éprit d'une brune et douce pâtissière
Qu'il séduisit et épousa.
Elle, amoureuse, voulant plaire,
Lui servit son régal à chacun des repas.
Le gaillard fut heureux
Le temps d'un an ou deux.
Las, c'est une vérité que l'on sait éternelle :
Le bonheur fait sa ritournelle
Puis, d'un coup d'ailes, il s'enfuit :
La femme, un peu après, se tourna en harpie.
Elle cria, vociféra,
Hurla si bien sur son mari
Que le bonhomme, en sa misère,
En oublia le chocolat.
Du moins, il n'en voulut qu'une ou deux fois par mois ;
Le cacao d'alors avait goût de poussière,
Un goût fade, miteux !...
Il y mettait du sucre, mais rien n'y faisait ;
Son chocolat n'était plus jamais délicieux.
L'homme devint sinistre, quelquefois mauvais.
La nuit il délirait, implorant dans ses songes
Les dieux des pâtissiers qui jamais n'exauçaient.
(On avait dû boucher leurs oreilles d'éponges !)
« Du chocolat, du vrai ! suppliait-il, inquiet.
Qui donc me le rendra, ce goût-là que j'aimais ?
Il m'était doux et bon, cependant qu'il me ronge
Maintenant, et déplaît ! »
Certains grands médecins, sans craindre le mensonge,
Le déclarèrent fou. Pour moi, je vous dirai

Que plaisir corrompu par celui qui le sert
S'éteint comme bougie que l'on priverait d'air.
6

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !