660 lectures

424

Qualifié

Il était une fois, dans un petit village,
Un forgeron renommé dans le monde entier.
Il donnait au métal les formes qu’il voulait,
Et se consacrait tout entier, au forgeage.

Un jour, alors qu’il était en quête d’idées,
Il entendit au loin un agréable chant.
Cette douce voix portée par un léger vent,
Le détourna de son chemin, vers la forêt.

Elle était là, belle femme au chant envoûtant,
Élançant ses formes fines et légères,
Angélique apparition de la clairière
Vêtue d’une longue robe de satin blanc.

Le forgeron l’admirait depuis les bruyères,
Elle était magnifique, et ses gestes élégants,
À ses yeux, elle devint la déesse du vent
Et en ce jour son cœur n’était plus solitaire.

Il revint en ces lieux, la revoir, très souvent.
Bien qu’il voulût l’approcher, il restait caché,
Se sentant laid, vaincu par sa timidité.
Il était là ; elle, dansait, suivait le vent.

Les jours passèrent et il voulut se montrer.
Le forgeron attendit dans la clairière
Son rendez-vous quotidien, sa seule lumière
Mais personne ne vint, et la lune se levait.

Il en fut ainsi toute une semaine entière
Quand un soir, sur la longue route du retour
Il se fit rattraper par deux hommes de cour
Avançant lentement, à cheval, austères.

L’un d’eux parlait, la gorge serrée, d’un ton sourd.
Un mariage princier devait se fêter,
Mais la fille du roi, ne souffrant cette idée,
Garda sa liberté, et mit fin à ses jours.

Les chevaux s’éloignèrent sous le ciel étoilé
Et le cœur du forgeron s’emplit de tristesse,
Comprenant que cette fille, était sa déesse.
Il marchait, errait, il avait les yeux mouillés.

Il ouvrait sa porte avec grande faiblesse.
Dans la pénombre, il fuyait l’éclat des outils
Et dans un profond soupir, tomba sur son lit.
Ses rêves aideraient à trouver le népenthès.

Pendant des jours, le forgeron resta ainsi.
Plus de sons, de battements pour rythmer leurs pas,
Les villageois s’interrogeaient de son état,
Quand un matin, le son du marteau retentit.

Puis le soir il sortit, un paquet sous le bras.
Parcourant les ruelles dans l’obscurité,
Silencieux, il allait retrouver sa forêt,
Cette clairière, où il eut tant d’émoi.

Sur un piquet, il défit son précieux paquet.
Les larmes lui coulaient le long du visage,
Le vent se leva, animant son ouvrage,
À nouveau il voyait sa déesse danser.

La nouvelle se répandit au village.
Nombreux s’y rendirent en longues processions, 
Se recueillir devant cette création.
Quand le roi vint sur les lieux de cet hommage.

Les larmes lui coulèrent, chargées d’émotion
Car sa fille était là, en cette girouette.
Une offre à la cour pour le forgeron fut faite
Mais il ne put accepter cette invitation.

Il partit, laissant son enclume muette.
On ignore la route qu’il prit, un matin
Mais on sait qu’il parcourut beaucoup de chemin
À voir les villages ornés de girouettes.

PRIX

Image de Printemps 2019
424

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Brandon Ngniaouo
Brandon Ngniaouo · il y a
Un beau récit prosaïque. J'ai adoré le lire. Vous-avez ma modeste voix.

Je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs, et à me soutenir avec vos voix, si jamais il vous plaît.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
J'adorerais également lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

Image de Firmin Kouadio
Firmin Kouadio · il y a
Vous savez trouver les mots qu'il faut pour attirer l'attention du lecteur. J'ai pris beaucoup de plaisir à vous lire, j'ai aussi aimé la musicalité des vers qui chantent encore dans ma tête ! Aimeriez-vous venir me lire pour y laisser quelques traces ?!
Image de Jeanne
Jeanne · il y a
Quel conte charmant, quel poème touchant, émouvant. Le forgeron poète empli de tristesse, le cœur lourd et l’âme en peine crée des girouettes au visage d'une ange et de toits en toits elles content la légende de la déesse du vent, confient son secret, son chagrin d’amour au vent léger. Et autant en apporte le vent et autant en emporte le temps. Je vous découvre à l’instant au détour d'un commentaire... mais vous semblez absent depuis plusieurs semaines.
Image de Maria Angelle
Maria Angelle · il y a
Un conte pour mes petits enfants
Image de Carine Lejeail
Carine Lejeail · il y a
Un texte digne des plus beaux contes. Tous les codes du genre sont présents et votre écriture porte l'histoire à merveille. C'est vraiment réussi, bravo!
Je vous invite à découvrir mon univers et à me porter plus loin si le cœur vous en dit:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/journal-de-guerre

Image de Julien1965
Julien1965 · il y a
Mais c'est délicieux de vous lire...fluide, musical, construit, travaillé. Et quel joli conte... J'aime. Par ailleurs, je vous souhaite la bienvenue sur ma page-plage...Cordialement. Patrick-Julien.
Image de MATARIO13
MATARIO13 · il y a
c'est magnifique ! Mais bien-sûr que j'aime cette oeuvre ! Bravo
Image de A M I C X J O
A M I C X J O · il y a
poésie toujours, de la musique sur le papier....
Image de Pherton Casimir
Pherton Casimir · il y a
Belle histoire ! Je vous invite à lire et à supporter mon texte en final du prix Viva Da Vinci https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-beaute-dun-reve
Merci !

Image de Alain de La Roche
Alain de La Roche · il y a
Une histoire touchante et bien forgée.
Mon vote, trop tardif, désolé.

Vous aimerez aussi !

Du même thème

Du même thème