Le désert dans la ville

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Me voilà depuis peu sur la terre SE, alors, je regarde, je découvre. Découvrir le monde et son expression par la poésie, Découvrir les poètes d'aujourd'hui. Ecrire, j'ai toujours écrit mais  [+]

Le désert dans la ville


Le désert est entré dans la ville, personne ne sait comment
Quelqu’un parlait d’un mort, on ne le connait pas
Personne ne l’avait vu, il venait de, on ne sait d’où, on ne sait pas.
Avant, on savait comment c’était, le jour d’après, on ne sait plus.

Sans plus un souffle, la rue s’est vidée de ses badauds, des mains tendues
Jusqu’au marché, vers les ruelles, sur les boulevards, les avenues,
Seules les cloches à chaque heure dans les églises qui se sont tues
Tristes rappellent les rendez-vous qui ne se rendent plus.

Plus aucun zinc pour le café, plus d’accolades, plus de troquets,
Plus d’écran noir, ni de ballon, aucune romance en rengaine
Les arcades ne sont plus qu’arches, couloirs de vie pour courants d’air,
Paupières baissées, lumières éteintes, aucun écran de promotions.

Plus d’étalages de paroles, des gouailleries, des quatre saisons,
L’apothicaire a sa croix verte, la seule lumière sans solution.
Comme un serpent et par devoir, un tram se glisse sur les rails
Sans passagers ni directions, quelques autobus roulent par hasard.

Ce jour-là, le désert est entré, le silence s’est posé sur la ville,
La place est devenue dalles, la fontaine sans ses eaux est nue,
Derrière les grilles, les statues se languissent des regards
Et des caresses des mains qui lissent leur marbre adouci.

Le printemps est entré dans la ville, les herbes folles entre les pavés,
Les chevreuils qui détalent, dans les gazons, les pissenlits échevelés,
Sur les branches les écureuils puis le ciel bleu et ses moutons,
Sur les bancs verts roucoulent hautains et enfin seuls tant de pigeons.

La vie est sortie de la ville, dans chaque maison s’en est allée,
Les fronts collés sur le carreau, quelques étroits mètres carrés,
Ou corps très las ou poing levé, le jour guetté par l’araignée
Aux corps vissés et fatigués, sous objectifs, l’écran fliqué.

Enfants bannis, enfants battus, accompagnés par leur écran
En guise d’école sans aucun jeu, sans amitiés et amours vains
Entre quatre murs grands autonomes tristes et en pleurs,
Sans mouvement, sourdent de ces anges leur malheur.

Vibrionnés et anonymes, biens des vieux s’en sont allés,
Devenus chiffres ou lignes livides sur un dossier pré-imprimé
Pour mettre en ordre tous les sacs à dégager et à brûler
Après le désordre de la débine, des pleurs meurtris si éloignés.

Derrière des murs, des vies résistent, des vies se battent,
En blanc, en bleu réclament encore du temps, des bras, des masques
Virent les apnées des profondeurs en rangs serrés
Pour épargner à chaque trachée le grand hoquet.

Le bruit dut revenir dans la ville, presqu’illicite et étranger,
Faut travailler pour bien manger et s’abriter d’un petit loyer
Pour vivre, en vert en rouge, chairs d’archipel disséminées
Toujours aux ordres dans les désordres des décibels gouvernés.

Le désert est entré dans les vies, les saints de glace à la mi-mai
Moitiés d’ouvrage, moitiés d’écoles, moitiés de transports,
Moitiés de temps, moitié de visages, mains dans les poches,
Recul vers l’autre, maigres paumes en l’air qui doivent attendre.

La vérité est entrée dans les vies de la ville remplie
De tant de chairs fragiles et de bras que l’on use,
Que personne ne regarde, que personne ne voyait,
Leur vie est entrée dans l’utile pour choisir entre la vie et la mort.

Avant, on savait comment c’était, le jour d’après, on ne sait plus.


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M. Iraje · il y a
Un lourd bilan implacable renforcé par le détachement apparent de la poésie. Un témoignage essentiel, qui donne une image surréaliste d'un présent pourtant bien concret.
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Marie Quinio · il y a
C'est puissant ! Les poumons des "couloirs de vie pour courants d’air" se remplissent à nouveau, timidement...
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Lange Rostre · il y a
Bonjour Aubussinne, c'est bien mais à mon humble avis de néophyte je pense sue vous devriez concentrer un peu plus. Bonne journée. Lange.
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Aubussinne · il y a
Merci beaucoup pour votre commentaire . La brièveté aurait recherché un effet poétique certes plus puissant. Par contre, j'ai toujours écrit des récits poétiques réalistes qui ont pour seul objectif de témoigner d'un évènement, d'une période qui m'ont marquée. Encore merci.