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L'attente

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La nuit est tombée depuis un moment. Elle a enveloppé la rue et mon immeuble, toute la ville et mon monde maintenant.
Chacun s’endort et sombre dans le noir. Je reste seule attablée bien trop tard.
J’attends les minutes passer. Peut-être qu’avec la nuit, puis-je espérer, ce soit plus clair dans mon esprit. Vois, j’essaie de mener ma vie.

Dans l’attente, mes souvenirs remontent à la surface, balancés comme un sac poubelle chargé. Et plutôt qu’avancer dans la nuit, je me retourne pour tout contempler. Alors danse autour de moi la nostalgie, pour finalement toute m’envelopper.
Mais au fond, je sais j’ai mieux à faire. Alors je me lève et éteins la lumière.

Volatilisée, j’ai quitté la réalité. Là, en pleine campagne, me voilà dans un champ en jachère. La lune est pleine, pleine de doutes, on lui a trop dirigé de prières. Ça la charge bien trop et, trop pleinement, elle éclaire.
Il arrive, vient du ciel et me rejoint à mes côtés. Il me regarde de ses grands yeux noirs à la fois terrifiants et envoûtants. Je suis envoûtée mais pas terrifiée.
Sa langue fourche mainte fois, il ne semble pas quoi faire de moi.
Il dégage son impatience à travers des mouvements saccadés de tout son long corps. Ses petites ailes voudraient battre pour s’envoler mais il n’en fait rien, il n’est plus si fort. Ses écailles luisent à la lumière de la lune, on ne saurait en identifier toutes ses couleurs. Il est un arc en ciel violent et plein de peurs. Qu’on ne lui attribue aucune pitié, il n’en a pas, seulement l’instinct de survie d’une créature imaginaire. Il n’a pas à être là, coincé sur terre. Lui, le champ, la lune et moi, tous le savons. Mais c’est qu’il ne peut pas rentrer alors toujours sur ses gardes, il fixe l’horizon.

Ce qu’il regarde là-bas, au-delà de cette campagne et son horizon, c’est le bout du monde. Là-bas à l'est, un immense territoire où des décors grandioses se fondent. Là-bas un homme vit et saura soigner le mal de la bête qui m’enlace maintenant de tout son long. Il lui enlèvera la terreur pour lui rendre la bienveillance qu’exigent les vieilles traditions.
Et qu’enfin ce dragon porte bonheur.
Mais cet homme est si loin et l’homme est médecin. Alors de plantes et d’aiguilles, il devra soigner tous les malheureux qui se trouvent sur son chemin. Celui-ci le mènera bien à nous un jour, mais un jour très lointain.

La puissante créature s’est calmée, elle sait que je ne la quitterai pas. C’est que j’ai le temps, toute une vie au moins ma foi. Ainsi, le jour peut maintenant se lever et les saisons pourront lentement passer : d’abord une neige douce couvrant les arbres morts puis des bourgeons prêts à éclore. Ils profiteront d’un soleil approchant, puis chauffant, puis brûlant, puis s’éteignant. D’avoir brûlé les feuilles, le soleil les quittera toutes roussies puis elles tomberont bientôt elles aussi sans vie.
Tout ce temps dans le champ, avec le dragon nous patienterons.

Le médecin avance très lentement sur le chemin de terre. Il rencontre, il mélange des plantes, il pique, il touche la magie, il guérit, il sourit, tout ça doucement. Mais doucement aussi, il se fait pousser par la brise innocente mais volontaire.
Enfin un jour, il est arrivé. Il nous a souri puis a déposé un mélange sur le front du dragon au cœur bien en peine. Délivré, le dragon s’est envolé pour vite rentrer dans ses contrées & coutumes lointaines.
Tout le monde est parti, volatilisé. Alors j’ai pu faire demi-tour pour entamer mon retour.

Mais trop de temps était passé, de ma réalité il ne restait plus rien.
Il ne me resta plus qu’à retourner chercher le médecin ancien.
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