l'arbre de Maldoror

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Depuis L'océan indien ma prose voyage du battant des lames au sommet des montagnes et je me souviens de mes vies antérieures  [+]

Je suis seul face au vieil océan. Je suis seul et je me souviens de mes vies antérieures. J’ai servi aux festins humains quand j’étais encore de ce monde. Depuis combien de temps suis-je ici ? Interrogez le créateur , je suis enfermé dans mon orgueil et mon cœur bat encore au rythme des marées. J’ai assisté impuissant à la décomposition de mes amours et dans un rêve chamanique mon esprit a pris son envol. Je suis conscient de cette épreuve et ce rituel tantrique.

Dans une expérience auto-érotique, j’ai entendu craquer mes os sous le vent des cyclones. Je suis devenu invisible et j’ai vu les premiers esclaves enchaînés débarquer des navires. J’ai vu des colons bâtir cette ville à mes pieds et j’ai assisté également à bien des naufrages. Je me suis réveillé avec l’angoisse du temps qui s’écoule alors que d’horribles morveux traînant sur la plage allument des feux et brûlent mes racines. Humains, ne vous avisez pas d’aborder mes rivages, j’ai caché des pierres sous le sable, des pierres tranchantes comme des rasoirs. Je suis arbre, je suis pierre, je suis perdu dans l’océan indien. Ne me cherchez pas, entendez plutôt ce chant qui conduit à la tombe, regardez cet arbre aux racines aériennes ,prisonnier d’un mur de basalte .

A présent, mon cœur s’est fermé à toutes les confidences et je préfère la cruauté à la bonté. Il ya des vagues dans mon esprit, des vagues qui bouleversent mon âme. Je crois bien que je suis accablé d’une espèce de folie originelle et je me rappel un temps lointain ou j’avais encore toute ma lucidité. J’étais ce jeune homme mystérieux qui marchait sur cette passerelle entre terre et ciel. Je partais au hasard le soir, frapper aux portes closes des bordels et des fumeries d’opium, éclairés par des lanternes chinoises.

Je suis seul dans ce roulement de tambours sacrés semblables à l’orage qui gronde et je vous fait une confidence : il existe des faux poètes comme il existe des faux prophètes. Je suis un imposteur, un charlatan, un bohémien. J’ai accompli mon cycle de vie... des ouvriers viendront bientôt démolir ce mur et des promoteurs profaneront mon tombeau. Mon anéantissement sera complet.
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