La sentence du roi

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Nous sommes au grand siècle, à l'époque où Louis,
Quatorzième du nom, folâtrait chaque nuit.
Aimant à cultiver l'art du libertinage,
Il couchait dans son lit les princesses volages.
Il savait apprécier les amoureux ébats
Et il se délectait des plaisirs d'ici-bas.

L'église évidemment, dans un souci pieux,
Voyait d'un mauvais œil ces excès licencieux,
Et elle s'inquiétait qu'on en fît des ragots.
Il fallait ménager le parti des dévots.

Un jour un jeune abbé, directeur de conscience,
Convia le pécheur à plus de continence.
Au cours d'un entretien qu'il eut en aparté,
Il lui tint ce discours sur la fidélité.

— Sire, pardonnez-moi si mes libres propos
Offensent votre Grâce et troublent son repos.

— Parlez sans retenue, monsieur le confesseur,
Paroles d'Évangile me vont tout droit au cœur.

— Je suis reconnaissant à votre Majesté
De bien vouloir ouïr mon petit plaidoyer.
Il est de mon devoir, en tant qu'homme de foi,
Avec tout le respect que je dois à mon roi,
De faire remontrance à votre Majesté
Pour ses bien trop nombreuses infidélités.
Il me faut dénoncer tout ce que Dieu condamne.
Vous délaissez la Reine pour la couche des dames.
On peut faire un écart, c'est là un moindre mal,
Mais ne point négliger le devoir conjugal.

— Monsieur l'abbé, merci ! Je suis votre obligé
Pour ces bonnes paroles et je suis très touché
Des soins que vous prenez à préserver mon âme
Et des feux de l'enfer en écarter les flammes.
Pour m'avoir éclairé sur mes œuvres coupables,
Je veux vous convier chaque soir à ma table.
Vous saurez, j'en suis sûr, me détourner du mal,
Et pour vos bons conseils, je vous fais cardinal.

Le lendemain il fut servi aux courtisans
Un beau chapon de Bresse sur un lit d'ortolans.
Le nouveau dignitaire était tout en émoi.
C'est qu'on est bien traité à la table du roi.

Chaque jour on passait une variété de mets,
Hormis au cardinal à qui l'on présentait
Invariablement toujours un beau chapon.
Il ne fut dérogé en aucune façon,
Sur ordre très précis, à cette tradition.
Et il en fut ainsi des semaines durant.
Pour notre cardinal : chapon et ortolans.
Au bout d'une saison à ce régime-là,
L'homme fut saturé de cet unique plat.

Un soir, n'y tenant plus, il se fit moins affable :
— Encore même menu, ce n'est pas charitable.
Sire, qu'ai-je donc fait pour cette punition ?
Du chapon, du chapon et toujours du chapon !

— Monsieur le cardinal, comme je vous comprend !
Je sais trop ce que c'est, rien n'est plus affligeant.
Sachez que chaque nuit j'éprouve votre peine,
Et vous dis à mon tour : « La Reine, toujours la reine ! »
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