Image de LeBouc

LeBouc

158 lectures

8

Qualifié

Si seulement j’étais né un vendredi 13, tout s’expliquerait
Or, non seulement je suis sorti de ma coquille un 25 décembre
Ce qui explique le fait que je vive encore sur la paille
Mais selon ma carte du ciel, je serais un aimant de bonheur
Je devrais vivre le paradis sur terre au quotidien
Nager dans les eaux béatifiantes de l’Éden à toute heure
Cependant, depuis mon premier jour, la guigne m’a pris par la taille
Pour ne plus jamais me lâcher, je suis tributaire de sa dégaine
Je suis un dépositaire de la déveine
J’étais là le jour où on a distribué la guigne, olé !
Depuis, je me gave de ses largesses, de ses trésors d’infortune
Ai-je le mauvais œil ? Ça reste à voir.
La malchance est moins lourde qu’un deuil, mais ça porte à boire
Mon existence n’est tout de même pas dépourvue d’attraits
Celui dont le destin est tracé d’avance, dont la voie est pavée d’or
Passe son existence à s’ennuyer, enlisé dans ses trésors
Il bâille pendant que l’infortuné trime
Que l’ouvrier s’éreinte et que le poète indigent travaille ses rimes.
J’ai voyagé, changé de pays et même de continent
Mais la scoumoune me rattrapait incontinent
J’ai cessé de lutter, me suis résigné
Quoi que je fasse, quoi que je dise
Le guignon, le mauvais sort, restait collé à ma chemise.
Je me suis fait désenvoûter sans succès
Des guérisseurs et des chamans ont échoué, j’en fus pour mes frais
Puis un miracle se produisit
Je remportai un gain faramineux à la loterie
Lequel ne fut jamais encaissé, encore un coup du sort
Je glissai sur le bitume et mon billet tomba dans un puisard
Adieu la fortune, les jours paradisiaques
Encore une fois, j’étais victime de cette damnée arnaque
De ce piège à con permanent
Qui me suivait depuis que j’étais sorti de celui de ma maman.
Il est de ces veinards à qui tout sourit
Et il y a les infortunés, ceux à qui la veine fait défaut
Sauf s’ils deviennent, par dépit, des abonnés à l’héro
De fric en aiguille, leur santé se dérobe
Ces malheureux se désagrègent sous les microbes.
Toutefois, même si j’ai cheminé toute ma vie dans sa paroisse
Pas question pour moi de communier à la poisse
Je préfère en rire plutôt que me morfondre
Bien que l’infortune me mette parfois en colère
Pas question pour moi de l’entretenir
Je préfère l’ironie, reléguer mes rages anciennes aux oubliettes
Car tout compte fait, ce n’est que vieille ire
Je vis journellement de l’imprévu, je ne sais jamais ce qui m’attend
Je suis l’heureux élu du guignon permanent.

PRIX

Image de Printemps 2015
8

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de LeBouc
LeBouc · il y a
Merci!
·
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Et toujours une kyrielle de bon mots, LeBouc ! J'ai adoré "Car tout compte fait, ce n'est que vieille ire" ! Bravo pour ce poème sur la poisse prise très philosophiquement ! Vous avez mon vote.
Mon carton, pour lequel vous avez voté, est en finale, et vous pouvez revoter pour lui si cela vous dit : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/la-societe-fait-un-carton

·
Image de Virgo34
Virgo34 · il y a
C'est vraiment la poisse, mais j'adore vos jeux sur les mots.
·
Image de LeBouc
LeBouc · il y a
Merci beaucoup!
·
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
En tant que mal à droite je vous conseille vivement de voter pour la gauche. J'ai bien aimé l'ensemble et les quelques jeux de mots. Pas de bol, je vote.
·
Image de LeBouc
LeBouc · il y a
Merci, je ne suis pas aussi gauche que Gaston Lagaffe, mais je ne suis pas un mâle à droite.
·