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LA MUSE MEURTRIE

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Lucie Sedraine

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Le Poète

Ô Muse sois patiente et douce en cette nuit
J'entends ta voix affligée plus grave en mon songe
N'as-tu pas vu mon poème hier près du lit
Mis là, avant que dans le sommeil je me plonge ?

La Muse

Depuis des jours la déraison gagne mon cœur
Mon errance me traîne sur tous les pupitres
L'absence de plume et d'encre ôte mes ardeurs
Je n'ai vu aucun poème pas même un titre

Je connais mes poètes ils sont peu nombreux
Et font rimer leurs vers en silence et amour
Sont-ils désespérés, terrés en coins ombreux
N'osant plus s'animer quand se lève le jour ?

Dans leur chambre cloîtrés ne voient-ils plus la rose
L'abeille butiner, les derniers feux du ciel
Grandiose majesté que le soleil arrose
Sont-ils harponnés par ce monde artificiel ?

J'ai connu des décennies de foisonnement
D'inspiration et de créations poétiques
L'émotion et le cœur en étaient les ferments
Où sont-ils passés mes poètes romantiques ?

Je les cherche partout sur les traces des elfes,
Au-dessus des nuées s'acheminant vers l'Est
Depuis le nombril du monde ou l'antique Delphes
Jusques aux portes de l'Arctique vers l'Ouest,

Sur les sentes des sylves où les sylvains règnent,
Sur mers et océans où les navires voguent
Cueillant au vol le goéland qui l'accompagne,
Sous les toits où les cœurs tristes parfois se droguent

Je les cherche partout et ne les trouve point.
Je n'ai vu que prose infâme née de la fange
Que des rimes barbares sur des vers disjoints
Des boulets de mots étranges qui me dérangent !

N'y a-t-il plus de cœurs et chants désespérés
D'où jaillissent de vrais chefs-d’œuvre poétiques
Les cerveaux d'ici-bas les ont-ils remplacés
Pour épancher leurs maux par d'autres gymnastiques ?

Le Poète

Ô Muse meurtrie, j'entends ton cri pathétique !
Poètes romantiques nous vivons par Toi
Puisant l'inspiration dans ta douce musique
Pénétrant en nos cœurs quand l'Amour nous rudoie

Percluse de douleur, atteinte dans ton art
Tu sanglotes sur tous ces poèmes, navets
Écrits sans rime et sans raison par quelqu' ignares
Oubliant mon poème mis sur mon chevet.

Oui, l'Homme a pris la virginité de la Lune
L'opacité des Cieux irrite ta Pensée
Et le souffle de Dieu enfantant ta Fortune
Voguant sur la Lumière voit sa course freinée

Ton Monde disparaît sur cette Terre en feu
L'Esprit humain n'a plus d'entendement subtil
Technique se mue en Art, les cerveaux sont bourbeux
A tenir la plume, mains ne sont plus agiles

Ô Muse d'Amour, combien tu nous aimais, Nous,
Poètes torturés par l'Homme au cœur haineux !
Dompte ta détresse, je t'en prie à genoux
Satine ta douceur et ton parfum soyeux

Jésus a tant souffert, le prix de sa grandeur
Ton chagrin est très grand mais non insurmontable
De tout vrai poète je suis l'ambassadeur
Conserve ta Hauteur, Ô Muse indispensable !

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Ode · il y a
une petite merveille ce poème ,comme j'aimerais en lire souvent ;Merci . Odette .
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