La fureur

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Cela fait trente ans que je suis comptable. Trente ans que je compte. Je me suis dit qu'à cinquante ans il était temps de me mettre à écrire. J'attends vos réactions avec impatience et  [+]

Le tonnerre avait envahi l'appartement.
Les murs vibraient de fureur,
Que les assiettes se cassent seules dans le placard
Que les verres implosent et redeviennent poussière
Rien ne m'aurait étonné à ce moment là.
J'étais tétanisée.

Accrochée à la porcelaine de mon évier
Je n'osais plus te regarder de peur d'être pulvérisée
Et plus tu déversais ta hargne et plus j'avais peur.
Un grain de riz résistait à la force de l'eau
Tout au fond de la cuvette, mes yeux rivés sur lui
Je me répétais que tant qu'il tiendrait, je tiendrais aussi
S'il lâchait prise, moi aussi je serais avalée par la bonde du lavabo

Je ne voulais pas te regarder, ton regard allait me faire craquer
Je n'y pouvais rien, depuis le début c'était une évidence
Tu étais mon mâle alpha, le cerveau de notre couple
Sans toi, je n'étais plus rien, je retournais au caniveau

Ce soir, ne pas te regarder était le premier acte de résistance
Tu n'attaquais pas une femme dans le dos,
il te fallait m'affronter de face, ma peur alimentait ta force
Il ne restait plus d'eau dans l'évier, le grain de riz était là, intact
J'étais tétanisée, accrochée à la porcelaine de l'évier.

Alors j'ai entendu ton pas qui s'éloignait, la porte qui se refermait sur toi
Tu n'es jamais revenu, tu as tout laissé dans l'appartement
Tu es parti mais ta présence est partout ici, je n'ai rien osé jeter
Et à chaque fois que la porte s'ouvre, je ne peux m'empêcher d'espérer

J'ai arpenté les rues de la ville, à ta recherche, tu as disparu.
Je survis. Je t'attends. Il aurait suffi que je me retourne ce soir là.
Tu serais encore là.
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