LA FEUILLE MONOTONE

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Je m'appelle Arnaud JOMAIN, je suis né en 1948 à St Gilles les Bains (Réunion). Depuis 1999, je suis établi à la Réunion (St Denis) où je goûte chaque jour le plaisir de ma retraite et  [+]

Elle dort, là, allongée sur ma table.
Lisse, douce, elle me semble affable.
Sa pâleur froide, cependant, me saisit.
Je me demande, inquiet, ai-je bien choisi?

Un souffle, léger, venu du jardin
Soulève, fripon, de ma feuille, le vélin.
Je la sens tout à coup frivole, volage.
Serait-elle une reine de l'effeuillage?

Sous son jupon de blanc satin
Cacherait-elle quelques trésors coquins?
Je la caresse, je la dorlote.
Je me lève, ferme la porte.

Nous sommes seuls ma chère feuille!
Ouvre-moi ta page de bon accueil.
Je pose la pointe de ma plume
Sur sa virginale pâleur de lune.

Je la sens pour le moins rétive,
Presque sur la défensive!
Je lui murmure, que je ne suis
Qu'un poète que la muse fuit.

Je lui implore de laisser mes mots
Courir, voltiger sur ses monts et ses vaux.
Elle ne veut me complaire.
C'est certain, la belle, j'indiffère!

Je trempe ma plume dans l'encre de mes rêves.
Je suggère même quelque étreinte brève.
Non! Décidément, aujourd'hui sera sans rimes.
Je sens monter la noirceur de la déprime.

J'abandonne, plume, feuille
Puisqu'ici l'on ne m'accueille.
Je prends l'air, je sors!
La brise légère du dehors
Sèche les larmes de mon désarroi,
Elle apaise du poète le chagrin, l'émoi.

Une feuille d'un vénérable chêne,
Tourbillonne autour de ma peine.
Sa compagne la suit, polissonne
Tout aussi légère et brouillonne.

Mais oui! bien sûr! C'est çà la vie.
Une feuille qui déroule son envie,
Projette son ombre complice
Sur les corps de Juliettte et de Roméo
Allongés au pied du vieux bouleau.

Sont-ils beaux ces tourtereaux!
Prestement, je regagne ma demeure.
Je saisis ma feuille avec chaleur.
Je lui déclare ma flamme.

Je l'aime de toute mon âme.
Je caresse son doux vélin.
Je la sens défaillir, enfin!
Ma plume frôle, timide, sa robe d'albâtre.

Mes mots batifolent comme jeunes pâtres.
Les vers, les rimes, coulent comme ruisseaux.
Je suis sauvé! De simple vermisseau,
Me voici devenu Prince des mots!

Je vagabonde, je danse, j'effleure,
De lacs en forêts, de prairies en fleurs.
Je bourdonne de mille poèmes.
Je suis le paysan qui sème.

Celui, dont les pauvres mots
Apaisent langueurs et maux.
Je dois cette merveilleuse Félicité
A ma feuille de fin papier.

Elle a su comprendre mon malheur,
Avec moi, participer au bonheur
De voir s'envoler mes rimes
Jusqu'au sommets des cimes.

Ma feuille n'est plus atone,
Elle pétille, éclate, détonne.
Elle n'est plus feuille monotone.
En elle, mon coeur résonne.
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