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Jonathan Itier

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La bête roulait des yeux blancs. La vie s’en allait d’elle comme la cendre se détache du feu qui s’éteint. Un soubresaut du cœur soulevait parfois sa poitrine maigre et triangulaire ; et soudain les côtes surgissaient du tumulte blanc des poils, repoussant l’épaisseur du ventre avec un roulis qui crevassait tout le bas du corps jusqu’aux pattes. Par moment, elle se pétrifiait, blanchissait, enflait : c’était la tempête intérieure d’une existence chassée du monde, contrainte de céder ses biens à un usurier sévère.

La bête s’en allait avec un peu de la pureté et de la noblesse qu’il avait cru comprendre en lui-même, car on s’attache pour son propre compte à la simplicité de créatures qu’une mort programmée n’effraie ni n’inquiète, comme à une de ces antiques voitures pour chevaux lourds grâce auxquelles nos jambes peuvent s’abriter des trop longues heures de marches. Il est bon de poser sa main sur la nuque ferme d’un être qui ne connaît de l’avidité que la faim et la soif – bien naturels- et de son destin qu’une inclination naïve à peupler la terre de toutes ses forces.
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