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L'Omnibus

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Santiago Cuervo

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La loi du plus faible est quelquefois la meilleure
Quand la fragilité ne tient lieu que de leurre.

Au sortir du turbin, tout un chacun recherche
Le moyen le plus prompt de retrouver sa crèche.
Les gens se bousculent sur le trottoir,
Pas un regard, pas un bonsoir.
On attend sans mot dire,
Convertis en statue de cire,
Que l’omnibus vous emmène avec lui
Dans les cahots vers l’horizon bleui.
L’engin était plein comme un œuf ;
Semé par de simples teufs-teufs,
Poussif, hennissant, l’hippomobile transport
N’offrait que bruit et inconfort.
Quant aux places assises
Elles n’étaient pas admises.
La dernière attisa toutes les convoitises
Ce fut un petit rat qui remporta la mise.
Un vieil hibou tout rabougri
Réclame au raton drôlement affable
Son petit siège inconfortable ;
Il invoque son plumet gris,
Le rat se lève en grommelant.
Il voyagera verticalement.
Le vieil oiseau content s’épanche et rit très fort ;
Les jeunes d’aujourd’hui ne font aucun effort !
Sitôt installé, il se met à roupiller,
Son bouhou enroué est rondement troublé
Par une taupe, pauvre non-voyant
Qui donne au retraité des coups de canne blanche ;
Et, enchantée de prendre sa revanche,
Elle insiste pour poser son séant
Sur ce fauteuil qui lui est du.
L’invalide goûte ce bonheur absolu,
Pas pour longtemps.
« Ah ! Je suis éreintée, mon dos me fait souffrir.
Auriez-vous l’amabilité
De me laisser sans trop siffler
Cette incommode latte de fakir ? »
C’est une hase très enceinte
Auréolée telle une sainte
Qui vient de quémander
La stalle convoitée.
Le lion en personne n’aurait pas fait bouger
Notre estropié ; pourtant cette dame fertile
D’une initiative plutôt virile
Fait plier bagage au mammifère effrayé.
La taupe heurte du front contre celui
D’un autre éconduit.
La mégère n’a pas le temps
De poser son popotin pubescent
Qu’un mutilé de guerre, un renard cul-de-jatte
Sollicite de ses moignons enflés
Le strapontin où il se hisse en grande hâte.
Le raton, le grand-duc et le léporidé
Haïssent comme un seul le mutilé comblé
Qui se met à leur demander la charité.
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Niorflan · il y a
A envoyer à la ratp....je peux m en charger su vous voulez
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Joëlle Brethes · il y a
Très divertissant ! Merci ;-)
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Nastasia B · il y a
Excellent ! Vous faites revivre l'âge de la fable, en jouant tant sur le parallèle historique (XIXème siècle) que le parallèle animalier. Très fort et ô combien toujours d'actualité dans les nouveaux omnibus que sont les métros et autre bus…
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Bien vu, un illustre ancêtre croquait déjà en son temps les travers humains mais pour les transports en commun vous avez la primeur avec talent et panache !
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Santiago Cuervo · il y a
Je vois à qui vous faites référence. Merci.
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Lange Rostre · il y a
A invalide, invalide et demi. Bravo.
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Santiago Cuervo · il y a
Merci !
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Ody · il y a
Mes compliments Maître Corbeau.
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Miraje · il y a
Beaucoup d'humour dans cette fable transportique ... autour d'un saint siège ☺☺☺
(Il est aussi question de transport ... avec mon âme ... http://short-edition.com/oeuvre/poetik/l-ame-2)

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Christian Pluche · il y a
Score doublé Santiago ! Si tu as quelques instants et un avis à partager... http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/memoire-de-la-peau Merci par avance !
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Birdie · il y a
BRAVO pour cette fable actuelle. J'imagine la plume de La Fontaine frémir d'aise.
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Santiago Cuervo · il y a
Merci !
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