16 lectures

2

Quelques petits vieux épars
Songent à l’ombre des allées du parc,
Mal assis,
Sur de rudes bancs à revernir...
Seuls ? Si seuls ?
Ne vous y trompez pas !
Sur leurs visages plissés
Aux orbites démesurées
Leurs paupières camouflent
Les deux lentilles intactes
D’un authentique kinétoscope...
Et repassent, inlassablement,
Les bobines de chefs-d’œuvre muets
Piochées au hasard
Sur les rayons poussiéreux
De leurs mémothèques chancelantes...
Comme appelées à la rescousse,
Des compagnies de muses
Envahissent alors les lieux,
Pour garder leurs cœurs tristes
Loin des poignards acérés
De cette fidèle ombre
Et ingrate solitude.
Mais combien sont-elles
Ainsi drapées à leur réchauffer l’âme ?
Ils n’en ont cure
Et ne sauraient eux-mêmes le dire ;
Car à cet instant sublime,
Je les vois déjà danser et rire,
Papillonner comme naguère,
Avant d’oser glisser enfin
À l'oreille d’une éblouissante beauté,
- Que le commun des rêves ne pourrait enfanter -
Des poèmes imparables...
Et mes compagnons tout émoustillés,
À la cloche du garde,
S'en vont chaque soir en donnant le bras
À cette inoubliable conquête,
Non sans cligner,
Aux derniers passants aveugles,
Un œil insolent et malicieux.

2

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Violette
Violette · il y a
belle tournure, sujet original, bravo.
·