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L'erreur d'Abraham

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On ne distinguait déjà plus le point qu’avait été la ville,
Ni les nuages au lointain amoncelant leurs vagues blanches ;
Ruminant de sombres pensées, l'homme avançait presque tranquille,
Sur un chemin de sable tendre où son âne emportait ses branches.

Il ne faisait ni vent ni froid, pourtant, à voir sa descendance
Trembler comme une ultime feuille arrachée trop tôt de son arbre,
Le patriarche avec effroi, meurtri par l’accent de l’enfance,
Se demandait si son amour n’était pas qu’un amour de marbre...

Inquiet, son petit s’étonnait : bon père, où donc est l'animal ?
A quoi servira tout ce bois, sais-tu ce qu’on y brûlera ?
Où sont les pigeons, la brebis, allons-nous offrir le cheval ?
Cher fils, allons ! Ne crains pas... Crois-moi, L’Éternel pourvoira !

L’obéissance est à l’amour ce que l’angoisse est à la nuit ;
Pensant devoir aimer bien moins l’enfant que le dieu qui l’offrait,
L’ancêtre ligota sa chair sur l’autel qu’il avait construit,
Et doutant de plus en plus fort, se préparait à l'immoler...

Déjà son long poignard d’argent s’était élevé dans les airs,
Le cœur de l’homme le meilleur allait ensanglanter la pierre !
Heureusement dans sa bonté, Dieu figea le bras centenaire,
Bien plus attristé que content, et bien plus consterné que fier...

Tu obtempères, crois m'aimer, quand j’ordonne n'importe quoi !
Croyais-tu montrer ton courage et par ce sang m’être agréable ?
Ainsi tu m’allais sacrifier l’enfant que j’offris à ta foi,
A qui pensais-tu rendre gloire avec ce geste lamentable ?...

Vous demandiez, j’ai obéi... Ancêtre d’une multitude,
Comment le père des croyants serait celui des assassins ?
Pourquoi reprendrais-tu la vie quand je l’offre avec plénitude ?
Je veux te voir peupler le monde et non précipiter sa fin !

A vouloir rendre un culte à Dieu on sacrifierait bien des gens,
On brûlerait de grands parfums en tranchant la gorge aux enfants,
Mais caché par une prière, en assassinant l’innocent,
Ce qui monterait vers le ciel serait rarement de l’encens !
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