L'enterrement

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Surveillant d'externat - conseiller d'éducation au lycée Privé Théophile LEGRAND de Louvroil, ville mitoyenne de Maubeuge, étudiant en théologie à l'Université Catholique de Lille. La  [+]

(J'estime,c'est mon avis, que même s'il nous aime !
Faut-il laisser le soin au fidèle entourage ?
D'établir à la place du défunt les hommages
N'est-on jamais si bien servi que par soi-même)

Ils sont de noir vêtus, tristes figures austères
Dans la lumière sombre, des ombres étrangement
S'avancent, et le cortège s'étire lentement
Sur le chemin désert qui mène au cimetière

Des femmes éplorées pendues aux bras trop lourds
D'un mari ou d'un frère, d'un ami, d'un notable
Tous suivent à l'unisson la veuve inconsolable
Qui rythme dignement le pas de cette cour

La pluie soudaine s'invite, même le vent se lève
Au passage du charroi comme un dernier salut
Tombe des cieux amers où les Dieux tant émus
Mouillent de leurs sanglots ce petit bout de terre

Ils ont la tête baissée tous ces pauvres indigents
Prostrés dans leur chagrin, leurs pensées, leurs prières
Portent le souvenir, le défunt dans sa bière
Un mort est bien plus lourd qu'un quelconque vivant

Derrière les lourdes portes en fer du champ des morts
Le cortège s'arrête puis l'orage se tait
Le prêtre, au nom de Dieu, pardonne les péchés
De celui dont il va bientôt bénir le corps

A toi qui va quitter ta demeure terrestre
Et qui laisse ici bas, tes regrets, tes souffrances
Ils sont là aujourd'hui, et tous se rassemblent
Autour de ta dépouille, de l'abîme funeste

Ah si tu pouvais voir leurs figures sincères
Ces visages animés de si bons sentiments
Ces gens qui se côtoient sans parfois se connaître
Unis comme une famille lors d'un enterrement

Jamais autour de toi, je ne vis tant de monde...
Des enfants si paisibles des p'tits vieux tremblotants
Des femmes et des hommes, des fleurs et des tombes
Ici, ne manque personne, je vois ce qui m'attend...

Écoute leurs louanges qui j'espère te parviennent
Régale-toi encore du bien qu'on dit de toi
Entends tous ces éloges, ces oraisons funèbres
Tout ce bel inventaire qu'on livre avec émoi

Voilà en somme à quoi toute vie se résume ?
Aux gracieuses mémoires discourues dans les rangs
C'est vrai qu' « il était vieux et qu'il a fait son temps »
Disent ceux qui te connaissent ou du moins le présume

"Qu'il est triste de partir au mauvais temps d'un jour ! "
Geignent les bonnes âmes qui ne savent que dire
Est-il seul'ment un âge ou une heure pour mourir ?
Profitez de l'instant, car la vie, le temps courent

J'estime, tout à coup, que même s'il nous aime !
Faut-il laisser le soin au fidèle entourage ?
D'établir à la place du défunt les hommages
N'est –on jamais si bien servi que par soi-même ?

Alors que toute ma vie j'ai dit du bien de moi
Pourquoi abandonner la noble tâche à d'autres ?
Personne n'est mieux placé que le mort, n'est-ce pas ?
Pour vanter ses mérites, ses vertus dans la prose !

Je rassure tous mes proches et mes amis d'enfance
A vous, j'éviterai cette ingrate corvée
J'écrirai tout le bien qu'on a dit, que l'on pense
Sur ma pauvre existence, mon illustre passé

" Aujourd'hui je vous dis, mes enfants, mes amis
A celle qui me pleure ? Ceux-là à qui je manque
Je vous salue, famille, amis, canailles, Patrie
Merci d'être venus, je tire ma révérence !

A tous un grand merci pour vos prières, vos fleurs
Veuillez me pardonner pour le dérangement
D'avoir été aussi l'auteur de vos douleurs
Merci pour le respect de mes commandements

Et si il vous avise un jour de recueillement
De venir me trouver et ma tombe fleurir
M'avouer ce que jamais vous n'osâtes me dire
Sachez que j'eusse aimé l'entendre de mon vivant"
Amen.

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