L'eau, le sel et le néant

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Au début étaient l’eau, le sel et le néant.
Bientôt prise de houle, l’eau brassait vaillamment
La vacuité salée dont elle était emplie.
Le vide est créateur dès lors qu’il se renie.
Sans se lasser jamais les ondes s’agitaient,
Aveugles et obstinées dans leur obscur projet
À bercer le présent pour faire un avenir,
Inconscientes bâtisseuses d’un douteux devenir.

Le bébé du pêcheur dans sa bulle d’eau salée,
Petit animalcule translucide et rosé,
Se meut dans la tiédeur d’un ventre palpitant.
Ultime bourgeonnement d’un rameau de néant,
Il arbore la grâce fossile d’une sirène
Que mers et océans eurent élue souveraine.
Il ignore, l’innocent projet d’esprit humain,
Que la truite est sa tante et l’orque son cousin...

Le petit poisson-clown, dans l’infini salé
Du ventre de la mer est un miraculé.
Le nuage de semence qu’un spasme du néant
Dispersa dans les flots fut pris par les courants.
Le restant fut mangé mais, prodige insensé,
Naquirent trois poissons-clown. Seuls deux furent dévorés.
Il ignore, l’improbable et fragile alevin,
Partager tant de gènes avec Goethe et Calvin...

Le bébé du pêcheur dans sa bulle d’eau salée,
Est bardé d’innocence et de candeur mêlées.
Les paroles de sa mère, les baisers de son père
Ne sont que vibrations dépourvues de repères.
S’agit-il de menaces d’une fée maléfique,
Ou de bénédictions d’un dieu béatifique ?
Son âme immaculée, pour la première fois,
S’éveille à l’inconnu du monde qu’elle perçoit.

Le petit poisson-clown, dans son immensité,
Parmi des coraux morts se tient dissimulé.
Devant lui est creusé l’infini d’un abysse
Que la lumière fuit, redoutant ses sévices.
Le plafond chatoyant couvrant son univers
Est sillonné d’étraves, de remous mortifères,
Qui révèlent au poisson, pour la première fois,
Que des mondes inconnus s’agitent sur son toit.

Le petit poisson-clown et l’enfant du pêcheur
Dans le même moment quittèrent leurs profondeurs.
Le même soleil brûla leurs pupilles étonnées,
Le même air incendia leurs muqueuses chiffonnées.
Une même énergie les mut ce beau matin
Et le sort dessina pour chacun un destin :
Pour l’un la cruauté d’un filet maraudeur,
Et pour l’autre l’amour de la femme du pêcheur.

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