L'ange

il y a
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De façon équivoque, un ange, à Reims, sourit.
Nul ne sait qui l'amuse ou qui le contrarie.
Le sculpteur qui peinait dans son exécution
Lui apposa ses lèvres. Dans un baiser fécond,
Il gratifia son ange du sourire de sa mère,
De femme désenfantée, de fille de joie amère.

Il vit des nouveau-nés aspergés et surpris,
Dans le spasme d'un cri dégorger leur vessie
D'une verge innocente dans les fonds baptismaux,
Revenir assassins, voleurs ou maquereaux,
Uriner de terreur, poursuivis par leurs juges,
Aux portes de l'église où ils cherchaient refuge.

Il vit des jeunes filles en robe immaculée
Le cœur gorgé d'espoir en noces convoler,
Le ventre ensorcelé d'un désir péremptoire,
Revenir esseulées, prier en hardes noires,
Le cœur anéanti par la fatalité,
Le ventre desséché par la sordidité.

Il vit des grands du monde et leur pompeux cénacle,
Jouer dans son église la comédie du sacre,
Escroquant au passage du divin pour leur sceptre,
Puis revenir, gisants, encombrer les transepts,
Leur couronne sur le ventre, dépouillés de leurs ors
Leurs souverains orteils calés par un chien mort.

« Nostalgique gardien de l'ultime passage
J'emporte ton rictus comme unique bagage.
Un signe de ta main me montera l'issue :
Un lourd portail obscur aux parures superflues
Qui pivote en silence, pressé par mes deux pieds,
Et dont en vain mes mains chercheraient la poignée. »

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Les Histoires de RAC · il y a
Très habile et plein d'humour ♫ Merci ♪

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