L’amour de loin

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Plaisir, besoin, ivresse, tourment, drogue, obsession, compulsion, consolation et éclats de rire... bref, ECRIRE !!! Ecrire ma vie, vivre mon écriture. Chaque jour et toujours. Pour ma Joie qui  [+]


Je n’écoute plus rien, et pour jamais Adieu.
Pour jamais ! Ah Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

(Extrait de Bérénice, de Jean Racine. Acte IV, scène 4)



Tu vis quelque part loin
Oh ! pas si loin que tu prétends
Mais la vie, dis-tu, ton job, ta moitié, le Covid...
Excuses !

L’amour de loin, ça n’existe pas.
Faux-pas.

Toi, l’Inconnu,
le sans-visage,
le sans-voix,
le sans-nom,
(juste le pompeux prénom latin que je t’ai inventé)
toi, tu me combles de délires et de promesses
te tuant à la tâche
mille diamants de pixels
deux, trois, cinq fois par jour
— parfois, nul courriel durant un seul jour mortel !
Sans cesse et sans relâche
ta chère omniprésence virtuelle.

L’amour de loin, si bon et si bidon.
Chanson !

Tu veux — m'imaginé-je — me donner TOUT
Ton cœur, tes pensées, ton sang, ton sexe, ta sève, tes larmes, ta vie,
Tout, au cœur à corps,
En exclusivité et pour l’éternité
Tout tout tout et plus encore...
Mais seulement quand « notre » temps sera venu.

Amore, amore, loin, ça n’existe pas,
Beau matamore !

Que fais-tu à présent ?
Trop frustré depuis tant de temps,
Tu te touches !
Moi aussi, mon Désir inonde ton photomontage en 3 D
Puis, par dépit, je lis, je lis, je lis, je te relis
Toi qui masses mon ennui
de mots à profusion.

L’amour de loin, ça n’existe pas.
Perfusion !

Tu vis quelque part au loin
Un loin pas très loin, c’est entendu.
Mais la vie réelle — t’excuses-tu — ton job, ta moitié, le Covid...
Aussi, dis-je, la différence d’âge et la peur du naufrage.
Alors tu écris et je lis.
Je réponds et tu lis.
Ainsi de suite,
Délices et fuite...
Sans pause, sans frein, sans pudeur
Jour et nuit tu caresses le vide
Et j’étreins ton absence
Sur l’écran enjôleur.
Par courriel ou sur Messenger
Déjà s’effacent les traces
De notre futur prometteur

Car l’amour de loin, ça n’existe pas.
Tu l’ignorais, mon adorable pote ?
Seul le Sexe despote.
Seul l’Amour trépas.


[ Quelques jours ont passé. ]


Soit ! 
Désormais tu m'as pris aux mots.
Chapeau !
Mais ce que je ne comprends pas,
valeureux Marcus Maximus,
ce qui me blesse dorénavant,
c’est que tu te vantes de ton silence,
à haute voix,
devant moi qui n'ai plus voix au chapitre,
comme d’un défi remporté,
d'un succès de ta volonté,
jour après jour,
heure après heure,
— que tu t’en pares et fanfaronnes.

Mais que fais-tu de l’autre, terrassé, humilié,
pris en otage de ta prouesse !
Peut-être est ainsi que commence le sadomasochisme... ?
Affaire d’orgueil.

Peut-être vaudrait-il mieux,
plutôt qu’un silence vainqueur
qui te rend fier et euphorique (sic),
un autre silence
nu
radical
définitif :
le silence de l’Oubli.

Car l'Amour de loin, Marc, ça n'existe pas.
Faut pas.

 

Ecrit à Boulogne-Billancourt
le 20/08/20
pour Marcus Maximus.

Complété le 30,
à la même heure,
— à partir de " Soit ! Désormais tu m'as pris aux mots..." —
peut-être juste pour faire le malin,
pour faire mon cinéma,
plutôt mon théâtre
en singeant Bérénice !

moi, Bellinus Minus.

Encore une affaire de jeu...

... de “je” malheureux.

___________________________

L'ILLUSTRATION du texte est ICI :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/lamour-de-loin-illustration-du-poeme-eponyme

Dans une interprétation sublime
LA PIECE DE RACINE
film réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe
est ICI :
https://www.youtube.com/watch?v=RwkjFNlDJA4


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Arletyna · il y a
Comment résister ? Démarrer un poème par ces vers de Racine, quand Bérénice est ma pièce préférée, celle que j'ai vu plusieurs fois interprétée de tant de façons, celle que j'aurais rêvé de jouer, moi comédienne inconnue ...
"Que le jour commence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice.."
Je me suis régalée de vos désillusions, vos désirs inassouvis, votre autodérision.
Je ne sais si ce poème est bon ou mauvais, qu'importe, il suit sa route, hélas, faite de chausses-trappes, et comme je vous comprends: "L'amour de loin, ça n'existe pas, ça n'éructe pas, ça tombe à plat"

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Bellinus Bellin · il y a
Ce qui est bien, c'est que grâce à cette désillusion personnelle (toute proportion gardée !), j'ai pu me replonger dans Racine. J'avais oublié une telle palette des sentiments, une telle richesse de la langue… Le lien que j'ai mis, à la toute fin, concernant le film "Bérénice", permet de se régaler. Bien sûr, on peut chipoter… préférer le théâtre en vrai… privilégier une autre interprétation… mais Carole Bouquet m'a tiré des larmes ! Elle est si belle, si frémissante, face à un Depardieu un rien trop massif et sans le sex appeal qui conviendrait à Titus. Cette pièce est d'une beauté et d'une profondeur terrassantes. Nos petits Modernes peuvent aller se rhabiller !
Merci en tout cas pour votre beau et si empathique commentaire.

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Arletyna · il y a
J'adore aussi cette version de Bérénice, avec ce couple emblématique. C'est l'une de celle que je préfère.
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Georges Marguin · il y a
Le bateau coule, le capitaine tente le tout pour le ramener à bon port. Mais loin des yeux loi du port, encore pis sur une mer d'huile ! beau texte
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Bellinus Bellin · il y a
Merci. Fluctuat nec mergitur !
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Joëlle Brethes · il y a
Cri d'amour où la lassitude et la tendresse semblent primer sur la tristesse...
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Bellinus Bellin · il y a
Merci. Félicitations pour le bon décryptage : c'est exactement l'état d'âme de l'auteur, vieil amoureux toujours amateur.
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France Passy · il y a
C’est un très beau texte qui pourrait devenir un classique parce qu’il touche à l’universel.
Très moderne aussi.
Félicitations

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Bellinus Bellin · il y a
Merci. Et un petit sourire navré de l'auteur : ce texte "classique" vient d'être refusé par le Jury de Short. Shocking ?...
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France Passy · il y a
Pour ma part ( cela m’arrive avec des textes que j’aime et en lesquels je crois) je ne le prends pas mal car au-delà de la qualité littéraire d’un texte vous savez bien qu’il y a la sensibilité propre de chaque lecteur et ses goûts. Finalement cela ne se conteste pas, il y a une part de chance aussi dans les sélections. Voyons le ainsi et continuons notre chemin littéraire. Vous avez trouvé quelque écho déjà et ce texte trouvera peut-être ses lecteurs ( son destinataire ?)
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Bellinus Bellin · il y a
Le très gros avantage quand un texte est refusé… c'est qu'on peut le reprendre, le peaufiner en quelques clics dans sa version privée. Au lieu qu'il soit gravé dans le marbre de la vanité littéraire ! En fait, me croirez-vous, j'étais persuadé que L'AMOUR DE LOIN serait refusé, je l'espérais même !!! car je voulais remplacer les quatre derniers "vers". Donc, une nouvelle fois, je dis merci à SHORT. Bonne journée.
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France Passy · il y a
En réalité quand vous demandez à l’équipe éditoriale de modifier votre texte, elle le fait bien volontiers.
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Bellinus Bellin · il y a
Alors, ce sera peut-être pour une prochaine fois. Mais je ne suis pas un fanatique des compétitions !
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M. Iraje · il y a
Virtuel et sans masque ...
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Bellinus Bellin · il y a
L'illusion démasquée... Merci d'avoir lu.

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