L’amour de loin

il y a
2 min
53
lectures
5

Plaisir, besoin, ivresse, tourment, drogue, obsession, compulsion, consolation et éclats de rire... bref, ECRIRE !!! Ecrire ma vie, vivre mon écriture. Chaque jour et toujours. Pour ma Joie qui  [+]


Je n’écoute plus rien, et pour jamais Adieu.
Pour jamais ! Ah Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

(Extrait de Bérénice, de Jean Racine. Acte IV, scène 4)



Tu vis quelque part loin
Oh ! pas si loin que tu prétends
Mais la vie, dis-tu, ton job, ta moitié, le Covid...
Excuses !

L’amour de loin, ça n’existe pas.
Faux-pas.

Toi, l’Inconnu,
le sans-visage,
le sans-voix,
le sans-nom,
(juste le pompeux prénom latin que je t’ai inventé)
toi, tu me combles de délires et de promesses
te tuant à la tâche
mille diamants de pixels
deux, trois, cinq fois par jour
— parfois, nul courriel durant un seul jour mortel !
Sans cesse et sans relâche
ta chère omniprésence virtuelle.

L’amour de loin, si bon et si bidon.
Chanson !

Tu veux — m'imaginé-je — me donner TOUT
Ton cœur, tes pensées, ton sang, ton sexe, ta sève, tes larmes, ta vie,
Tout, au cœur à corps,
En exclusivité et pour l’éternité
Tout tout tout et plus encore...
Mais seulement quand « notre » temps sera venu.

Amore, amore, loin, ça n’existe pas,
Beau matamore !

Que fais-tu à présent ?
Trop frustré depuis tant de temps,
Tu te touches !
Moi aussi, mon Désir inonde ton photomontage en 3 D
Puis, par dépit, je lis, je lis, je lis, je te relis
Toi qui masses mon ennui
de mots à profusion.

L’amour de loin, ça n’existe pas.
Perfusion !

Tu vis quelque part au loin
Un loin pas très loin, c’est entendu.
Mais la vie réelle — t’excuses-tu — ton job, ta moitié, le Covid...
Aussi, dis-je, la différence d’âge et la peur du naufrage.
Alors tu écris et je lis.
Je réponds et tu lis.
Ainsi de suite,
Délices et fuite...
Sans pause, sans frein, sans pudeur
Jour et nuit tu caresses le vide
Et j’étreins ton absence
Sur l’écran enjôleur.
Par courriel ou sur Messenger
Déjà s’effacent les traces
De notre futur prometteur

Car l’amour de loin, ça n’existe pas.
Tu l’ignorais, mon adorable pote ?
Seul le Sexe despote.
Seul l’Amour trépas.


[ Quelques jours ont passé. ]


Soit ! 
Désormais tu m'as pris aux mots.
Chapeau !
Mais ce que je ne comprends pas,
valeureux Marcus Maximus,
ce qui me blesse dorénavant,
c’est que tu te vantes de ton silence,
à haute voix,
devant moi qui n'ai plus voix au chapitre,
comme d’un défi remporté,
d'un succès de ta volonté,
jour après jour,
heure après heure,
— que tu t’en pares et fanfaronnes.

Mais que fais-tu de l’autre, terrassé, humilié,
pris en otage de ta prouesse !
Peut-être est ainsi que commence le sadomasochisme... ?
Affaire d’orgueil.

Peut-être vaudrait-il mieux,
plutôt qu’un silence vainqueur
qui te rend fier et euphorique (sic),
un autre silence
nu
radical
définitif :
le silence de l’Oubli.

Car l'Amour de loin, Marc, ça n'existe pas.
Faut pas.

 

Ecrit à Boulogne-Billancourt
le 20/08/20
pour Marcus Maximus.

Complété le 30,
à la même heure,
— à partir de " Soit ! Désormais tu m'as pris aux mots..." —
peut-être juste pour faire le malin,
pour faire mon cinéma,
plutôt mon théâtre
en singeant Bérénice !

moi, Bellinus Minus.

Encore une affaire de jeu...

... de “je” malheureux.

___________________________

L'ILLUSTRATION du texte est ICI :
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/lamour-de-loin-illustration-du-poeme-eponyme

Dans une interprétation sublime
LA PIECE DE RACINE
film réalisé par Jean-Daniel Verhaeghe
est ICI :
https://www.youtube.com/watch?v=RwkjFNlDJA4


5

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !