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Kinés

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Santiago Cuervo

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Aux kinés du plateau de rééducation cardiaque de Léon Bérard,

Dans cette salle immense où les corps sont meurtris,
Surprenant auditoire aux formes mélangées,
Avant-goût de vieillesse, enveloppes diaprées,
Ils veillent, ils songent, avisent les aigris.
Le mouvement n’a plus aucun secret pour eux,
Le souffle n’est pas Dieu ni le cœur à l’ouvrage,
Mais ils sont toujours là, modelant leurs aïeux,
Infatigablement, ils tempèrent la rage
Du jeune homme qui a désappris la vigueur.
Placides, habités, sereins ou en colère,
Les kinés travaillent, au rythme de nos cœurs
Déchargés, il est vrai, pour un temps en jachère.
Tout commence au matin, quand la queue du phénix
Frôle les baies vitrées, sitôt sur nos montures,
Figés, nous avançons, transformés en hélix,
Encouragés par les gardiens de notre allure.
Blanche et olympienne, leur présence plurielle,
Comme une évidence teinte d’éméraldine,
Affranchit de l’ombre, d’une peur anodine
Qui rend l’affliction par trop confidentielle.
Ne les critiquez pas s’ils vous semblent distants !
Leur presqu’indifférence est question de défense.
Souffle, gonfle le ventre, élève le séant,
Cesse de te crisper, et surtout feins l’aisance.
Prie si la foi t’en dit, ils ne sont pas chamanes ;
Sers, va, ne cède pas, ils ne suent pas pour toi ;
Ne sois pas marri, Noé hèle aussi les ânes
Dans cette drôle d’arche où les grisons sont rois.
Tôt, Madame s’installe et mande son kiné,
Madame, encore à son rythme alpha, nidifie.
Prostré sur sa bécane, injuste condamné,
Un homme accompagne cette chorégraphie ;
Allez ! De rage mu, ris ! elle te surveille,
Même Diane a moins de cordes à son arc.
Malgré ton souffle court, ta flemme nonpareille,
Tu devras cheminer d’un bon pas dans le parc !
Si tu te crois un cas millésimé, pardon
Du peu, si l’effort te semble trop incommode,
Ils seront là pour te garder de l’abandon,
Accrochant à ta peau des milliers d’électrodes.
Et sois persuadé, malgré tout ton dépit,
Quand tu considères leur commune besogne
Comme un simple office, quand, sans aucun répit,
Tu pédales ou cours, lèves les bras ou grognes,
Sois persuadé que trois semaines avec eux
Te rendront tes kinés familiers et précieux.




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Patricia Burny-Deleau · il y a
Bel hommage à ces gens que l'on ne fréquente que dans la douleur et à qui on ne dit pas assez "Merci".
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Joëlle Brethes · il y a
Ayant souffert d'un "conflit sous-acromial" (le nom en jette, n'est-ce pas?), j'ai eu l'honneur et l'avantage de confier mon épaule à un kiné qui plus est bel homme... J'apprécie donc doublement votre texte ! :-)
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Miraje · il y a
Un hommage vibrant à ces réparateurs des corps et des âmes, dont je suis également voisin.
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MissFree · il y a
Touchant par la réalité des mots et des ressentis.
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Richard · il y a
je reconnais ce lieu?!! n'est-ce pas celui de l'almanarre? mon vote pour ce récit sans détour, et criant de vérité...
invitation dans "mon chateau" c'est ma 1ère nouvelle, une autobio... en finale ;-)

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Utilisateur désactivé · il y a
Lyonnaise, je ne connais Léon Bérard que de nom, pour le moment . Vous connaissez bien le Centre, il me semble. Ce texte est poignant. Je vote symboliquement.
Je ne viens pas sur votre page par hasard : j'ai lu plusieurs de vos œuvres et j'aime votre écriture. (sinon, je ne reviendrais pas ...).
Vous avez soutenu mon poème-fable "le coq et l'oie" une première fois. Accepterez-vous de le soutenir en finale (avant le 20). A bientôt, si le cœur vous en dit. Marie.

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Lammari Hafida · il y a
Du vécu et du réel! J'ai aimé! +1 Je vous invite à soutenir mon texte en finale http://short-edition.com/oeuvre/poetik/voyage-24 et merci!
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