Juste une tasse vide

il y a
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Une écriture de peintre, héritage de famille... PLasticienne Auteure compositrice et interprète La couleur avant tout  [+]

9h45, je suis en avance
Je pénètre la boite métallique
Le New yorker coffee, silence
Une parenthèse en Amérique
Quelque part en France

Je me suis assise au comptoir
Proximité choisie
Histoire de pouvoir
Engager un peu de sympathie

Je commande un café
Avec deux sucres s'il vous plait
Bien-sur c’est un prétexte
Un prétexte pour discuter
Pour échanger
Mais pas ce matin là, non
Pas ce jour là, non

Car lui, happé par son écran
Tête penchée
J'ai pu avoir tout le loisir de détailler
Trait pour trait
Voici son portrait muet :

1m95, peut être plus
Petite quarantaine
Cheveux gris, tondus courts
Élancé, mince, maigre
Deux grands bras ballants
Habillé d'un pull lâche, laminé, col roulé
Gris, bien-sur
Jean gris lui aussi, délavé comme lui
Baskets usés
Doigts noueux, mains longues
Spectre bossu car trop grand
Spectre aux automatismes savants
Jongleur de machines aux bruits percutants
Yeux bleus d' acier
Semblables à une brèche
Yeux bleus d' acier, glacier
Reflets, tête bêche

Il fait froid chez les hommes
Et je ne dois pas être assez couverte,
Pas assez protégée du froid peut-être
Mais des hommes surement

L'inexistence
Mon évidence
Ma non-consistance
Disparition partielle
Fuite du temps, instabilité réelle

Je n'incarne que l'espace à moitié
Comme un parfum dilué à celui du café
Je suis juste une trace
Une trace sur une tasse

Trace de mes lèvres muettes
De petites gorgées discrètes
Discrètes et sucrées
D'un café prétexte
Oui, mais, désolée

J'ai lancé :
«- je vais vous payer
- 1 euro 50, s'il vous plait"
Sans regards
Et j'ai payé
1 euro 50 pour le café
Sans regards, ouais
Sans regards, ouais

Puis, je lui ai dit « au revoir »
Il m'a répondu quelque chose le dos tourné
Gifle effroyable perdue dans un décor glacé
Gris sur gris
Ce fut presque joli

Puis j'ai rassemblé mes lambeaux
Posé ma veste sur le dos
Rendossé ma peau à fardeaux
Fardeaux

Juste une tasse vide
Une tasse vide
Vide
J'ai laissé une tasse vide
Vide
Je suis...

Juste une tasse vide
Une tasse vide
Vide
J'ai laissé une tasse vide
Vide
Je suis...

Sortie tête penchée
Éblouie de première lumière
Criardes et criantes, lueurs d'Avril
D'un printemps démonstratif
J'ai franchi porte de verre
Peut être même sans l'ouvrir

Dans mon corps d'automate maquillé
Dans mon corps vaste, dans mon corps fatigué de fée
Il m'était donné la faculté, ce matin là, sans le chercher
Ce pouvoir de transparence
Entre présence et absence
Pourtant ce matin de bonne heure
J'avais fait le bel effort
J'avais eu à cœur
De paraître et d'apparaître
Au monde de naître

Avec un peu de rose sur mes joues
Avec un peu de rouge sur mes lèvres
Un presque rien pour dissimuler tout
Surtout l'usure de mes errances
Le cri de l'ignorance
Je voulais juste rentrer dans la danse
Celle qui marche
Celle qui entre
Celle qui commande
Silence

9h55, je suis une rivière en crue
Derrière mes lunettes noires, je suis fleuve et brume
Je suis au bord
Oui tout au bord
Tout proche
Proche
Des larmes
Oui
Juste là


Mais pas des larmes de peine non
Des larmes de s'être retenue longtemps
Des larmes d'avoir errer le long
Des larmes de s'être accrochée à sang

Depuis je flotte tout au dessus
Perdue dans mon vaste costume
Dans mes vêtements, dans la rue
Je flotte presque nue
Un jour fantôme apparu
Un soir fée disparue
Je fus

Juste une tasse vide
Une tasse vide
Vide
J'ai laissé une tasse vide
Vide
Vide

Juste une tasse vide
Une tasse vide
Vide
J'ai laissé une tasse vide
Vide
Vide







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Tnomreg Germont · il y a
Superbe ! Une petite histoire de tasse vide ou trop pleine:
Nan-En était un maitre Zen du 19ème siècle. Un professeur d’université lui rendit visite afin de comprendre ce qu’est le Zen.

Les deux hommes s’assirent autour de la table lorsque Nan-en servit le thé. Il versa le thé dans la tasse en porcelaine de son convive. Celle-ci débordait de thé, mais le maitre Zen continuait de verser.

Le professeur assistait à la scène, perplexe. « Maitre Nan, cette tasse est pleine, pourquoi continuer à y verser du thé ? Cette tasse ne peut plus accepter davantage de liquide ! »

Notre esprit est comme cette tasse » répondit le Maitre Zen, « tout plein d’opinions, de pensées, de spéculations. Personne ne peut apprendre le Zen sans d’abord vider sa tasse. »

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Lélie de Lancey · il y a
C'est magnifique !
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Audrey Denis · il y a
Merci merci merci...mille mercis <3

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