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Je suis né là dans cette zone que l’on dit de non droit.
Je suis né là, où toi tu ne viens pas.
Tu rentres ou tu passes ton chemin.
C’est comme ça, personne n’y peut rien.

Je suis né là où les enfants, ne sont jamais partis l’été.
Qu’ils soient de la Castellane, de Clichy, ou de Vitry, ils sont assis là, sur leurs murets où ils restent coincés au pied de leurs cités.
Le jour et souvent même tard dans la nuit,
ils ne bougent pas, en se défiant avec ironie.
De l’école, par ennui, depuis longtemps, ils en sont partis.

Je suis né là ou l’air est si opprimé que personne ne peut faire de vrais projets. Je suis né ici où la haine est aux portes des cités.
Une prison aux murs de béton où tous les préjugés ne sont pas toujours la vérité.
Par habitude, les discours mensongers des autres gens ne nous font plus aucun effet.

Je suis né là où chaque jour on doit garder les poings serrés.
Je vis ici mais, ce n’est pas ma volonté.
Je viens de là où les barres d’immeubles ne font pas rêver.
Je suis de là où devant chaque entrée il n’y a plus aucun horizon.
Pas de fleurs, ni de champs que des murs de béton.

Je viens d’ici où la détresse renforce la solidarité.
Un quartier où des dizaines de nationalités ne se saluent qu’à demi-mot.
Ici, où la misère sans aucune distinction nous regarde de haut.
Je suis un enfant des cités où pour survivre, je dois prendre des risques inconsidérés.
Je suis né là où personne ne m’envie.
Un territoire où les tours se regardent avec mépris.
C’est comme ça, mais cette vie je ne l’ai pas choisie.

Je viens d’ici où garçons et filles, chacun sa propre destinée.
Un lieu stigmatisé où l’on garde une éternelle volonté sans jamais se culpabiliser.
C’est là qu’on y vit, qu’on y rit et qu’on y pleure.
Alors, arrêtes toi, tu n’as pas à avoir peur.
Les mauvais garçons, eux-aussi, ont la main sur le cœur.

Je suis né ici car pour mon « daron » personne n’a eu de pitié.
Partir ou rester, il n’avait aucune chance de son côté.
Bien que déchanté, avec le temps, il s’est habitué.
Je viens de là de cette promiscuité vétuste des cités oubliées.
Des halls d’entrée plongés dans le noir, symbole de cités dortoirs.
Là où ma mère a toujours ouvert sa porte malgré le climat d’hostilité.
Pour elle, si fragile, qui nous a toujours soutenu en nous protégeant de la rue et qui nous a porté sans se décourager.
Pour elle, qui avait choisi de rester
Car c’était moins compliqué.

Qui a vécu toutes ces années dans un appartement gangréné par l’insalubrité, sans jamais déchanté, qui chaque soir se cachait avec pudeur pour pleurer.
je te porterais, ma mère, je te porterais.
La rage au cœur et les poings serrés,
Pour m’en sortir, je viserai très haut, moi le jeune du ghetto.
Pour toi ma mère, j’enchaînerais les coups
Pour que tous les combats, les uns après les autres je puisse les gagner.

Mais avant de partir vers ma nouvelle destinée, j’ai immortalisé ton nom autour de mon poignet.
Mère, toi qui m’as tant donnée, tu n’as plus rien à craindre car si tu as perdu ton sourire, ne t‘en fait pas,
le mien, je te le donnerai et ça, je te le promets.
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