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JE N'AIME PAS L'HIVER

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Duje

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A l'adresse de l'automne, mon vif blasphème.
Envers l'hiver, mon virulent anathème.
Vive le vent, vive le vent d'hiver.
Que non, c'est la brise que je préfère.
Malgré son nom, rien, elle ne casse
Quand la belle saison se prélasse.

A Noël, "il est né le divin enfant".
L'hiver issu de la matrice de l'automne
Naît adulte, c'est illico un homme
Et bien pis, un général conquérant
Avec une solide légion de malfaisants.

Moi, je préfère l'hiver, sous les palmiers
Que sur les pentes de Serre-Chevalier !
Se complaire dans la neige, le froid ?
La Laponie, les igloos, pas pour moi !
J'habite un pays
Où les toits sont gris.
Quand, parfois, ils sont blancs,
J'admets , ça fait la joie des enfants
Et aussi éblouit les goélands .

Je déteste l'hiver.
Il est mortifère.
Bien pire que son prédécesseur
Qui avait encore de bonnes couleurs.
Il éteint, martyrise les fleurs .
Celles qui résistent, quelle gageure !

En mon esprit local, obtus,
Je le juge incongru, malotru,
Par le travers réduit
De mon passif jardin.
Il l'a plongé dans le déclin,
Inique, sans parcimonie.

Les arbres caducs sont en un piteux état.
Attila-hiver avec ses sbires est passé par là.
Que sont devenues leurs crinières émeraude
Qui les faisaient chatoyer à la saison chaude ?
Des monticules de feuilles mortes
Que le vent mauvais touille et emporte .

Courts échalas ou spectres géants,
Leur maigreur pourtant
Est la proie du vent gourmand !
Dans l'outrage de leur nudité, apparaissent,
Ici ou là, des vestiges d'une estivale liesse.
Décombres qui prouvent qu'encore hier,
Ils étaient des comparses gentilhommières
Où les oiseaux cachaient leurs amours printanières.

Ainsi, dans le calice ébréché d'un arbre nain,
Subsiste un nid, œuvre d'art en foin,
A peine aussi gros qu'un poing,
Berceau où sont nés des passereaux,
Partis vers des horizons plus chauds .

Dans le branchage cadavérique du grand noyer
Qui, vers le ciel livide, dresse ses longs bras éplorés,
Dan son squelette, comme deux lambeaux de chair,
Comme deux oripeaux bravant leur misère,
Deux gros nids en brindilles d'aspect sommaire.
A mi-hauteur, l'alcôve d'un couple de pigeons ramiers.
Durant tout l'été, à la dérobée, je les ai épiés.
Au sommet , comme au ciel, un défi ,
Un identique refuge, un gros nid de pies .

Le soleil mollasson comme la lune
Se chamaille avec la tenace brume,
A dire qu'il compte pour des prunes !
Au quotidien du ciel, il ne fait pas la une .

Sous son dais, le pin parasol,
Frileux, se désole.
Il rêve de tropiques, d'Afrique.
Il est en chômage technique,
Comme mes instruments de jardinier,
Outils qui s'ennuient à leur râtelier :
Binette, râteau, bêche .
Mon jardin est en panne,
Mais pas en panne sèche.
Vu l'activité des célestes vannes .
Le tonneau sans fond des Danaïdes,
C'est sur lui que ses meurtrières le vident .

C'est trop courant, trop ainsi,
En ces jours sans aurore, sans midi,
Perclus d'océanes intempéries,
Quand l'irascible ciel
Aux nuages pêle-mêle ,
Le vent en proue ,
Pousse ses charrois de boue
Qui s'affalent en rafales sur le sol .
Comme à Gravelotte, dru, ça dégringole !
Que d'eau ! A n'en savoir que faire,
Mon lopin transformé en froide rizière.
Dans les allées noyées,
Je marche à gué !

Je n'ai pas un assez souple caractère
Pour accepter les frasques de l'hiver.
C'est patent,
J'exècre les excès des pompes célestes.
Je râle , plus je proteste
Tout autant
Quand l'hiver retourne sa veste.
Quand, il extirpe son vent d'est
Et, ciel récuré, il dresse
Une froide barrière
Face aux montagnes de nuages,
Corne d'abondance de la mer
Qui, contrariée, avale alors sa rage .

Les veuves mythologiques sont parties,
Ailleurs, expurger leur cruels délits.
Maintenant, il fait plus sec,
Mais les rigueurs intrinsèques
De l'hiver sont toujours bien là.
Ainsi, on tombe de Charybde en Scylla .
L'eau venue des nues creuse son ornière.
A sa guise, sous l'averse, elle ruisselle.
Maintenant, le froid la rend prisonnière.
Sous sa gangue, elle a la vie dure, elle gèle.

Je me suis égaré à dénigrer l'hiver.
Que me reste-t-il donc à faire ?
Aller vivre dans la vallée des centenaires, *
A proximité du gros ventre de la Terre .

*En Équateur, vallée suspendue où la température ne descend pas sous 20°


DUJE
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Haïtam · il y a
"Moi, je préfère l'hiver, sous les palmiers", yes, moi aussi.
J'ai beaucoup apprécié. En fait cela me manque parfois l'hiver même si j'ai conscience que je m'en lasserai vite. Ici au pied du Haut Atlas, c'est juste moins chaud parfois un froid, et pas plus de pluie que le reste de l'année.

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Duje · il y a
C'est évident ma diatribe envers l'hiver ne te concerne guère . Tant mieux pour toi .
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jusyfa *** · il y a
S'il y a différents hivers c'est celui de la vie que j'aime le moins, car il ne permet pas d'espérer qu'il soit suivi d'un printemps...
Julien.

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Duje · il y a
Mais si , avec les beaux jours futurs de la reine Nature , ça ira mieux . "Dans mon jardin d'hiver" comme chantait H. Salvador , certes à la suite il ne reviendra pas le printemps. Mes amitiés camarade Julien .
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Felix Culpa · il y a
Une complainte hivernale qui nous emmène loin ! Je vous invite à redécouvrir ma complainte des étoiles en finale grâce à vous !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-legende-des-etoiles

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F. Gouelan · il y a
Ah l'hiver ! Si la Terre ne penchait pas la tête...
Et puis à l'Équateur il fait trop chaud ;)

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Duje · il y a
Elle est repartie du bon côté , patience !
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Rellum59 Müller · il y a
Bravo ! mon cher légionnaire , comme toi, nous sommes des légions à n'aimer pas l'hiver !, tu l'as bien enterré, c'est tout ce qu'il méritait, j'aime comme toi la chaleur de l'été, j'aimerais tout comme toi aller me faire dorer en vallée des centenaires, là bas en Équateur, ce serait encore mieux que les petits bonheurs qu'on peut avoir ici dans notre petit midi !
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Duje · il y a
Sympa d'être venu si vite , merci d'être en accord avec moi .
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Lélie de Lancey · il y a
Lemetsu vous n'aimez pas l'hiver la vision que vous en livrez est très belle. Merci.
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André Page · il y a
Bien sûr j'ai été un professionnel de l'hiver, faisant faire des randonnées raquettes, mais ça demande toujours de sortir un peu de soi-même pour affronter tout ça, ce n'est pas trop naturel... Bravo pour ce magnifique poème, Duje. :)
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Duje · il y a
Quel fort gentil commentaire . J'aime la montagne , la montagne à vaches ...en été .
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Fleur A. · il y a
Un grand besoin de soleil!!
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Duje · il y a
Mais plus chaud que celui d'aujourd'hui , froid comme la lune , état que je lui reproche dans mon écrit .
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RAC · il y a
Un poème qui m'a bien fait voyager, merci !
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Duje · il y a
J'en suis fort satisfait , merci .
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Atoutva · il y a
Mais l'hiver a aussi du bon. Parce que la terre peut se reposer et se préparer pour les beaux jours. Et parce que l'homme, pour éviter le froid, a la solution de rester plus longtemps sous la couette...
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Duje · il y a
Se reposer à l'abri du froid , mais est-ce possible pour tous ? La misère est moins pénible au soleil ( Aznavour)
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Atoutva · il y a
Juste !
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