Je me voyais partir

il y a
1 min
182
lectures
26
Qualifié

Qu'est-ce que tu veux lire en deux minutes ? Guère épais ! Moi les gros livres, je lis juste la fin: Sous le pavé, la page. J'aime bien écrire des chansons, on peut les lire sans prendre de  [+]

Image de Printemps 2021

© Short Édition - Toute reproduction interdite sans autorisation

Je me voyais partir pour le dernier voyage,
Mes amours repassées, pliées dans mon bagage,
Ma vie rangée dans la cantine ;
Mes soucis bien lavés, mes envies astiquées ;
Paré pour présenter au contrôle le ticket
Serré dans mon poing : La routine.

Mais chaque jour la vie, la vie qui vient, qui va
S’ingénie à défaire tout ce pauvre barda,
Elle renverse, elle chiffonne,
Elle ajoute du souffle, trois pincées de mélo,
À force, tout s’écroule, et tout part à vau-l’eau :
La faute à cette polissonne.

Je me voyais partir vers le dernier rivage,
Le dernier livre ouvert à la dernière page,
Au dernier mot, au point final ;
Le dernier compte fait de ma dernière oseille,
Le dernier verre rincé de ma dernière bouteille,
Dans un ultime cul sec fatal.

Mais chaque jour ma rage et mes enfants grandissent,
Les idées rajeunissent, les nouvelles vieillissent,
Très tendrement ma femme m’enlace ;
J’ai le chat à peigner et le Monde à recoudre,
L’eau des vases à changer, un puzzle à résoudre,
Et ma vieille terre qui est très lasse.

Je me voyais partir, tranquille comme Baptiste,
Certain d’avoir coché les bons mots sur la liste,
Avec ma candeur coutumière;
En remuant la main, fier, sans me retourner,
Sur un air de jadis, si souvent fredonné,
Et le sourire en bandoulière.

Mais chaque jour grandit l’océan de mes doutes,
Tant de fleuves ont croisé le chemin de mes routes,
J’en imagine les vestiges ;
L’enfant que j’aimerais, l’homme que je serais
Impatient, malheureux, en colère, guilleret ;
Des vies laissées, j’ai le vertige.

Je me voyais partir sans crainte du passage,
Sans jamais avoir fait un seul pèlerinage,
Jurant Nom de Dieu à tue-tête ;
Au cimetière lisant les tombes pour m’amuser,
Visitant les églises comme on va au musée,
Avec le chapeau sur la tête.

Mais rendu à ce point de ma belle réflexion,
Considérant l’absence de toute génuflexion,
Et ma défiance en ce folklore,
Et comme nul ne m’attend là-haut, que rien ne presse,
Je vais déchirer mon billet pour ad patres
Et rêver, quelques temps encore.
26

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Un voyage reporté, dix de retrouvés ...

Vous aimerez aussi !