Hommage à Alfred de Musset

il y a
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(22 ans) Voyez Alfred de Musset : il y a dans ses poèmes une sensibilité, une verve, un sentiment des choses qui me touchent au plus profond. Aucun accent humain ne m'a jamais parlé si bien que  [+]

Dans ce siècle brillant qui t'a vu naître et vivre
Que n'a-t-on vu ou fait, et que n'a-t-on senti ?
Grisé d'ennui, de pleurs, l'homme est devenu ivre
De génie.




Le Corse ombrageant l'Europe en effervescence,
Des ailes de son aigle à son poing déployées,
Voulut l'immensité et ses biens résumés
Au nom France.




Lorsque dans les musées en peintres et critiques
Ingres et Delacroix se disputaient leur art,
Berlioz écumant bouleversait la musique
En fanfare.




De Liszt ou de Thalberg – après Paganini -
C'était à qui des deux transcenderait la scène,
Et Dantan et Daumier d'en faire parodies
A la chaîne.




Haussmann et Boucicault s'arrachèrent Paris,
L'un pour l'embellir et la rendre plus commode,
L'autre pour attirer coquettes et dandys
A la mode.




Et Maurras défendait l'ardeur patriotique,
Quand Proudhon criait à la Révolution,
Et quand Renan rêvait de foi démocratique
Au salon.




Entre les partisans de la modernité
Et la « Néomanie » s'affrontaient les valeurs ;
Qu'importe ? il fallait vivre, et il fallait créer
A toute heure !




L'un fit un téléphone, un autre un télégraphe,
On trouva le pétrole et l'électricité,
On inventa le train, le cinématographe,
Les clichés...




Rien ne fut épargné, ni gloire, ni orgueil,
Ni l'art, ni la pensée, pas même un sentiment ;
Chacun brava l'enfer pour déterrer le seuil
De son talent.




La souffrance elle-même sema du génie
Les champs les plus fertiles et les plus vastes plaines,
Et chacun s'attribua un maillon chéri
De sa chaîne.




Châteaubriand dresse un autel à la douleur,
Lamartine l'abîme en longs gémissements,
Hugo la maudit, et Monsieur Vigny en pleurs
Y consent.




Byron en désespère et Goethe la subit,
Flaubert après Balzac la regarde en tyran,
Pour Gautier la souffrance est un cri d'agonie
Déchirant.




Sand la biographie, Verlaine s'en lamente,
Baudelaire la peint nécessité fatale
D'une fille de joie, terrible et enivrante
Fleur du mal.




Justes sanglots, sans doute, et justes litanies
Jetées à la douleur par ces illustres hommes :
Tyran, bourreau, néant, de tout temps c'est ainsi
Qu'on la nomme.




Mais n'a-t-il pas manqué à leurs plus belles plaintes
Plus que de malheur un accent de vérité,
Qui fait de chaque mot une larme versée
Belle et sainte ?




Tu as été comme eux, superbe et furieux,
Insolent ou brisé, jurant ou sanglotant,
A gémir ou maudire un destin trop pesant,
Comme eux tu as souffert des maux qu'on ne comprend,
Mais toi, dans ton malheur, tu regardas les cieux.




Tu y vis qu'au delà du glaive et du martyre
La souffrance en ce monde avait aussi des ailes,
Froissées sinon meurtries, mais d'un Ange immortel,
Ange que la révolte fait tomber du ciel,
Et s'élève aussitôt qu'on lui rend un sourire.




Qu'on murmure l'espoir et son être frémit,
Il tremble, il s'illumine, et te transporte alors
Avec lui dans les cieux que l'être humain ignore
S'il n'a pas eu dans l'âme un mal où peut éclore
La fleur de sagesse dont le sang est le prix.




Dans un rêve, un délire, un ennui, un soupçon,
Au travers d'un sourire, une nouvelle flamme,
Au chevet de tes morts* ou dans les vers d'un Drame,
La Douleur est partout l'hôtesse de ton âme,
L'ombre de ses pensées, sœur de ton abandon.




Et pourtant quel amour accueille ce tyran,
Triste Fatalité qui terrasse et soumet
Inévitablement, dès qu'on rime un regret ;
Tu l'aimes et la bénis lors d'une nuit de mai
Cette épine de rose où l'homme se fait grand.*




Ô poète, quelle âme ébranla tes écrits !
Quelle ivresse d'amour, de tendresse et de charme
Embrasse la souffrance et en vers la désarme !
Oh, quelle immensité engendrèrent tes larmes !
En souriant blessé tu conquis l'Infini.




C'est qu'au profond de tes malheurs
La prière de ton génie,
Sanctifia en toi la Douleur
D'une éternelle Poésie !
Blessée, elle te sourit alors
D'un sourire réparateur,
Et dans l'ivresse de ton sort
Transfiguré d'extase, un pleur
Devint une perle nacrée.*
La Douleur, dans ton univers,
N'est plus une fatalité :
Elle est amante, sœur et mère,
Elle est la lyre de ta Muse
Qui chante ce que l'homme accuse.
Ainsi, tu as trempé ta plume
Dans tout ce que l'on a coutume
De rejeter ; dans ton passé
Déçu, ton cœur ensanglanté,
Tu puisas ton humanité,
Le sentiment et la Beauté.




Oui, la Douleur est maternelle,
Elle enfante la vérité,
Et ceux qui se sont passé d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.*
Nul n'est homme qu'en un baiser
De son brûlant enseignement,
Nul n'est grand qu'en ayant levé
Le regard vers son firmament.
Toi seul, poète, sus comprendre
Qu'elle est une divinité
De l'humaine grandeur, l'entendre -
Dans quelle poésie ! - prier.
Sans gémissement ni excès,
Sans comprendre, mais sans maudire,
De la Douleur tu as su dire
Qu' « il est doux de pleurer, il est doux de sourire
Au souvenir des maux qu'on pourrait oublier. » (1)





* Références à des vers de Musset
(1) La nuit d'Octobre
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Adlyne Bonhomme · il y a
Il est beau votre poème, Amussée! Il est touchant! Encore qu'il rend hommage à un poète que j'aime.

Je vous invite au passage à voter pour mon poème finaliste "Je tresse l'odeur.

Je vous invite à voter

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de l air · il y a
Je découvre aujourd'hui... Belle poésie et superbe hommage !
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Amussée · il y a
Merci De l'Air !! Pour moi mais surtout pour le grand Alfred !! :-)
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Evinrude · il y a
Très bel hommage.
Mon vote !
Puis-je vous inviter à venir découvrir deux de mes publications en lice pour l'automne :http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-marteau-et-les-etoiles et http://short-edition.com/oeuvre/poetik/prends-ma-main-porte-ma-peine

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Utilisateur désactivé · il y a
Merci pour ce partage, Amussée . Il est d'une grande qualité. Vous aimez Musset. Je préfère un autre Alfred : de Vigny .
J'aime Musset au travers de sa vie qu'il a partagée avec George Sand , car j'admire infiniment cette femme. Merci encore pour ce partage.
Je vous invite à me rendre visite : " Milonga" me tient à coeur.

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Amussée · il y a
Merci Annelie ! J'aime aussi beaucoup de Vigny ! Mais j'avoue ne pas vraiment aimer Georges Sand... Et ce qui me plaît dans Musset n'est pas ses aventures amoureuses, mais son âme extraordinaire de tendresse et de poésie !
Je vais passer vous lire...

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Utilisateur désactivé · il y a
Je vais m'intéresser de plus près à Musset ! Merci pour ce partage de passion.
A bientôt peut-être sur ma page !

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Lili Caudéran · il y a
Je vous découvre à l'instant.... Quelle magnifique évocation de ce siècle et quel bel hommage à Musset, votre poète favori semble -t-il !
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Amussée · il y a
Poète favori oui :-)) Merci de votre appréciation Mamounette, pour moi et... pour lui ! :-)
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Jean Calbrix · il y a
Tout à fait d'accord avec Geny ! Qu'ajouterais-je de plus ? Bravo, Amussée. Vous avez mon vote.
Si vous désirez faire du patin à glace, j'ai ce qu'il faut ici : http://short-edition.com/oeuvre/poetik/verglas (en finale hiver !)

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Geny Montel · il y a
Un magnifique travail historique et verbal. Et un très bel hommage à votre poète préféré !
Ce poème est d'une qualité remarquable.

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Amussée · il y a
Mille mercis Geny !!!! Je suis très touchée de ce commentaire, croyez-le bien !!
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Yasmina Sénane · il y a
Je redécouvre votre poème au souffle lyrique incomparable.
J'aime beaucoup Musset, en particulier son théâtre "On ne badine pas avec l'amour" est un chef d'oeuvre.
Mais j'avais déjà voté il y a 2 mois.
Peu importe je l'ai relu avec beaucoup de plaisir et je le relirai encore.

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Amussée · il y a
Merci Yasmina !!! Je suis vraiment très touchée de votre retour !! Il accorde à ce poème plus de prix que je n'en espérais !! Un grand merci vraiment !!
Cela me fait penser qu'il y a bien longtemps que je ne suis pas allée vous lire... et bien longtemps que je ne passe plus qu'en coup de vent rapide sur short. Avec les vacances, je vais tâcher de me rattraper ;-) A bientôt donc, et merci encore de votre fidèle appréciation !

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Yasmina Sénane · il y a
Ma page vous attend ....
A très bientôt !

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J. Chablik · il y a
Une évocation puissante du XIXème et de son poète. Je connais peu Musset, mais j'ai été transporté par ce texte.
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Amussée · il y a
Merci Weesos ! Musset est un immense poète, je suis ravie que ce texte vous ait touché !
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Christian Pluche · il y a
J'aime bien votre poème, mais euh... ce n'est pas Prudhon mais Proudhon me semble-t-il....
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Amussée · il y a
Certes, j'ai oublié un O... Entre Prud'hon, Proudhon... une faute de frappe passe facilement inaperçue ! merci de l'avoir signalée !

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