Histoire de trottoir

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Image de Hiver 2021
Je suis un passant descendu d’un ciel
Où bourgeonnent des cathédrales
Et des Boeings 737.
Je suis un exilé des stations balnéaires
Et des parasols imposants
Qui ombragent le sable de mes ancêtres.

Je suis un vagabond des cités
Et je sais que Dieu est un saint farceur,
Un barbu en sandale qui sillonne
Les quatre coins du pays en Volkwagen 69.
Il dort dans les aires d’autoroutes
En ronflant comme un criquet
Sous la lune de juillet.

Je m’aperçois que les bouquets de klaxon
Offerts aux estropiés du temps
Poussent sur le goudron
Où je pose les pieds.

Je m’aperçois que l’herbe des parcs recueille l’ondée
Comme je recueille l’aumône de celui qui est pressé.

À la terrasse d’un café, je fume.
Je fume et contemple l’abîme
Qui me sépare de mes semblables.

Le visage des immeubles
Étend le regard vers la cime
Des nuages.
Et le visage des hommes
Oblique vers le trottoir.

Qui peut m’emmener là où les astres
Sont aussi légers que les papillons ?
Là où de faibles modulations catatoniques,
Ressemblant à des vagues,
S’abattent sur la grève de l’apesanteur ?

Bien sûr, il y a l’aiguille et la ligne,
L’alcool et les draps de ciment.
Bien sûr, je suis déjà vaincu :
Mes rides parcourent mon front
Comme la Transcanadienne
Parcourt les prairies de l’Ouest.

Mais je ne crains pas la finitude ;
Je crains ce regard qui m’entrevoit
Entre les interstices de la misère
Et qui se dit : « Ça pourrait être moi. »
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