Fleur de béton

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De retour avec mes mots, mes poèmes, je les appâte au fil du courant, c’est comme une partie de pêche, la prose et les vers, je les ferre à coup de sentiments. Plus de textes et poesies su ... [+]

Il y a mille villes, mais j’en connais qu’une qui me fasse frémir :

Elle vous fait peur, moi elle me manque et m’attire,
Comme des géants, gardiens de nos périphériques.
Ses tours sont des joyaux cosmopolites,
J’y ai fait mes premiers pas pour mieux écorcher mes genoux.
Cité mon amour, ma fleur de béton,
Aux senteurs d’épices et de goudron.
Chanteurs arabes ou griots d’Afrique,
Ils nous contaient des histoires lointaines et magiques,
Mon imagination d’enfant était abreuvée de mythes.

Oh, ma fleur, je me souviens encore de tes terrains vagues,
De ce ballon de foot en papier, que nous traînions à nos pieds.
Des filles aux pantalons larges qui laissaient nos idées vagues,
Des premiers baisers volés sur un scooter pas très net non plus.
Des premiers joints, dans ma tête c’était Mururoa.
Et dans mon cœur toi encore ma fleur de béton.

Au milieu, coule une fête foraine, boueuse mais lumineuse,
Je balançais mes jambes sur un vieux jazz manouche.
Les gadjos, c’était nous, les potes, c’était eux.
Une fois par an, c’était Byzance ça sentait les vacances,
C’est vrai, il n'y avait pas de foie gras, mais ça sentait les frites,
Les manèges dans la tête et chichis dans le ventre donnaient mal au cœur,
On n'avait pas de sous, mais avec nos sourires enjôleurs,
Autos-tamponneuses gratuites !

Francky ! J’ai dans les dents un goût amer revient vite.
Des frérots de cité, Kamel, Laurent, Thierry, Gérard...
Nés de béton, ils sont redevenus poussières, poussières de béton.
Oh ma fleur, ma cité, console-moi de toutes ces disparitions,

Ado, j’y ai fait, mais premiers larcins, je te jure je n’ai rien dans les mains,
Coursés par les flics, nos baskets traînaient sur le bitume, je te jure ça fume.
La nuit, une pause à la chocolaterie, pour se remplir le bide avant d’aller au lit,
Au lit ! Mais avec Sandrine, une copine enfin au cas où.
Les caves et nos premier ébats, canapé éventré, mais c’était chez nous.
Les premières putes où tu fais ton homme, ton bonhomme, mais t’es pas fier ma pomme !
Alors oui, je l’aime ma fleur, campé sur mes deux jambes la tête dans le béton,
Je n’ai rien oublié, j’y ai tout appris, les conneries, la musique du monde, le monde !

Et au milieu de toutes ces barre de béton, règne dans sa splendeur ; le bistro !
Il y a des rigolos qui se font interdire de casino, nous, c’était le PMU.
Ma ville, fleurs de béton, par cœur, je connais tes rues,
Je t’ai quitté comme on quitte un amour sans retour, éreinté,
Un peu ivre, mais je voulais vivre, à vouloir trop m’aimer, tu m’as étouffé.
Pourtant, le manque s’installe, tes rues, tes caniveaux, tes clodos.
J’ai tout dans la peau, une saigner au milieu des arbres, ces tons Métro.
Le canal de l’Ourcq coule en ton centre, on y trouvait des vieux plouc,
Des ferrailleurs défoncés à coup d’alcool frelaté,
Pour un sous, nous soudaient des vélos à quatre roues.
Ça, sent-bon l’herbe coupée au pied des immeubles,
Et oui le printemps nous atteint nous aussi, môme des cités.
Il faisait bon grandir au son des djembés, mais tu es où ma ville ?
J’ai voulu te perdre, aujourd’hui, tu me manques,
Il ne faudrait pas que je succombe, que je retrouve ta frénésie
Je t'ai dans le ventre, oh ! Bobigny, ma ville fleur
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