Fée d'hiver

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Et moi... Et moi... Et moi... , 2 yeux, 10 doigts, 1 cœur et des mots ... Des mots... Des mots  [+]

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J'avais croisé un homme, un soir, dans ma disette,
Il avait dans les yeux des reflets du Baïkal.
En quelques mots seulement, j'en pris plein les mirettes,
Éprise éperdument du rêve occidental.

Il vendait du quart d'heure au prix de la minute,
Il m'offrit le voyage vers une vie meilleure.
Et voilà qu'en deux jours on travestit, ampute
Une jeunesse naïve en objet racoleur.

Mutine sans attaches, les trottoirs que j'écume
Accumulent les taches de pétrole sur mes dunes.
Une croisière en eaux troubles n'a que faire de mes plumes
Et ma voile se déchire sur cette mer de bitume.

Ils défilent un à un, les michetons fuyants
Puis quand claque la porte ils deviennent plus pédants,
Estiment la marchandise, affirment leur position
Celle du missionnaire souvent sans condition,

Puis nous laissent au suivant sans même l'imaginer.
Ce qui fut une volute devient une traînée.
Mais qu'importe ! Tapinez, car le client est roi !
Et ils osent m'appeler une fille de joie !

Je n'ai plus de sourires, je n'ai plus d'émotions.
Tu rêves de devenir un beau jour l'étalon,
Mais tu ne m'arriveras jamais à la cheville.
Ce soir, sous ton poids je pourrais être ta fille.

Fleur de macadam se fane au vent mauvais
Et regarde ses sœurs refleurir le Jarret.
La marcheuse courtisane compte ses pas dans la nuit.
En distance, je serais déjà rentrée au pays...

Mais on a fait de moi
Une femme de mauvaise vie.
C'est moi celle qu'on bat,
C'est moi celle qu'on oublie

Sur le bord du trottoir, femme de petite vertu,
Remède à la déviance de parfaits inconnus !
Exaltation, débauche, ils dormiront repus.
Rêveront-ils à moi, ce soir, en garde à vue ?

Non, ils mesureront l'impuissance de leur vie
Ou iront tabasser une énième frangine.
Une femme me rappelle les plaines de Sibérie...
C'est mon teint, son reflet sur le noir des vitrines.

La dernière de mes passes et après je décroche.
Et pour cette occasion, je ferai tout gratuit.
Ce n'est pas tous les jours que la mort vous approche.
Je ne vends plus mon cul mais je donne ma vie.

Trop lourds étaient pour moi les regards en dédain !
Trop durs étaient les coups de celui qui naguère
Avait les yeux d'un lac où naissent les putains
Qui reviennent y mourir en tristes fées d'hiver.

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