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Fantaisie

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Fionavanessa

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Je l'aimais tant

Ce cœur solitaire

qui n'avait cure des vers

Et me parlait débandade du monde nanti et constipation des positions occidentales

J'aimais son regard à vau-l'eau

Qui me faisait écho

Et renforçait mon lot

De désarrois.



J'ai maintenant quatre-vingt-quatorze ans

Persona non grata

je m'éteins

Sans lui je m'éteins

Sans eau vive dans mon vin

A l'amer goût de noix

Si je jette un œil en arrière

Puisqu'il n'y a plus que cela à faire

Je frissonne encore des jours avec et des jours sans

Des vendredis des lundis des dimanches sans lui

Mais avec

Ce voile de tendresse

Qu'il a déposé sur moi

Depuis qu'il est reparti

Ce voile entre les autres et moi

Depuis des décennies

Que je souris de travers aux uns et aux autres

Depuis l'ombre de ma douce déchirure

En réponse aux inconnus mortifères

Connus par cœur

Ne parlant que de la pluie et du beau temps

Ma pluie d'or c'était lui

Mon beau temps c'était dans ses bras

Le soleil m'est inutile

Et je n'ai cure que vous souriez à mes mots surannés

Je l'aimais, les poings dans mes poches trouées,

Je l'aimais de loin

il me faisait danser sur mes semaines d'airain

Il était mon phare dressé au même emplacement

Bravant de son regard les aléas des flots par tous les temps

J'étais sa main tendue

Et comment ne lui aurais-je pas tendu la main et les bras,

A lui qui fut ma loi ?

Sans lui j'aurais tout envoyé valser depuis longtemps

Je m'en serais cassé la pipe, les bras m'en seraient tombés d'eux-mêmes ,

Sans ses mots verts-de-gris,

A ma désillusion assortis,

Pour éclairer ses yeux couleurs du temps,

Je me serais déplacée,

Contre vents et marées.

Sans lui j'aurais cessé de chercher les nuances colorées et vraies à l'horizon.

J'aurais oublié bien plus souvent

de m'arrêter

à la beauté

de l'instant.




Mais l'édentée vieillie que je suis

Vous engage à rire

Car je ne me déplace plus

Que du lit au fauteuil

Et du fauteuil au lit,

Sans ma canne, je n'ai plus la force,

Mais regardez à deux fois sous l'écorce,

Vous verrez à mon front

L'épanouissement de ses doigts

Vous verrez que je porte toujours en bandoulière

Mon amour d'antan.

Ce sont tous les sourires rendus, les larmes retenues

Qui ont creusé ces rigoles dans mes joues.

Vous saurez là de quoi est faite ma sève.

Pas un grain de l'espace où je ne lise sa trace,

Et le rêve qui me soulève la plèvre,

Etre unie une fois encore à lui,

Mon paradis.

C'est vrai

Vous ne pouvez voir mon cœur

Il en a fait une forteresse

Imprenable

Insondable

Inavouable

C'est là qu'il a mis

Toute sa noblesse

A y insuffler

La tendresse

Inconditionnelle

Et belle

Encore

A quatre-vingt-quatorze ans.

Ma vie

s'est remplie

de lui

loin

des sentiers

rebattus

mon amour

inattendu.
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