Existence-d'après l'etude tableau op 39 no 5 de Rachmaninoff

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Étudiante au conservatoire en piano et chant, lectrice acharnée, titulaire d' un bac L et d' une licence de musicologie, professeur de piano...et auteure en errance à travers la ville et la  [+]

Qu' est-ce que la vie, sinon un cheminement ferroviaire à travers un paysage d' émotions, de visages et de sentiments? Des tendresses sensuelles comme l' insolente chaleur du Sud, des terreurs et des menaces d' orage noircissant le ciel, et de longues plages de solitude, forêts d' arbres dépouillés dans un hiver Sibérien ou l' éternel silence de Tchernobyl...Quelque chose d' idéalisé, de rêvé qui ne correspond jamais aux attentes, mais laisse malgré tout une place à l' espoir...
Des forces surhumaines sont mobilisées dans ce lent cheminement, sous le terrible ciel noir et sale des tempêtes que sont la colère et la jalousie d' autrui: que d' efforts de courage, de persévérance dans une existence qui, ici-bas, n' aura qu' une durée finie; que de douleurs, de combats et de chagrins irrésolvables, écueils contre lesquels vient se briser l' orgueil...Les poitrines halètent, les mains se crispent, tout comme celle qui s' est tordue de douleur pour nous faire débuter ce voyage, sortir de sa matrice....
Mais cette lente gestation, ce travail souterrain, cette lutte qui se passe parfois dans les tréfonds de nos âmes contre l' asthénie, les doutes, l' épouvante de l' existence même, finira par porter ses fruits; tout comme la rame débouche sur le triage d' Arenc dans un triomphe ferrugineux, sur cette vaste esplanade où se tordent les rails avec leurs wagons rouillés, par un jour de sombre soleil...Après de multiples détours, courbes et tunnels, en écho à ce jour où nous avons vu la lumière, senti la première brûlure d' oxygène dans nos poumons, là sera notre moment de gloire et de puissance; car c' est à cet instant que nous nous sentirons exister en plein, en accord avec nous-mêmes, où nous oserons nous camper sur nos positions et élever la voix, pour ce qui nous est cher, pour ce en quoi nous croyons...Et rien ne pourra plus nous arrêter, quelles qu'en soient les conséquences.
Cependant, comme le train à Saint-Charles qui se glisse doucement à quai, vu à travers le prisme humide et diaphane des gouttes de pluie, quand le sol semble vitrifié par l' élément aqueux, et que l' air se charge d' une brise légère parfumée par les embruns de la mer toute proche...Nous aussi arriverons à la fin de notre chemin. Quand ce temps viendra, il y aura peut-être l' ombre d' un doute, d' un regret, un désir non assouvi, un rêve brisé...mais bientôt, ça ne sera plus qu' un grand apaisement, une paix dans un flottement de sourire serein déjà détaché des choses de ce monde...car là débutera un autre voyage, le dernier....

(Note de l' auteur: le triage d' Arenc et la gare Saint-Charles sont deux éléments importants du paysage ferroviaire de Marseille...à lire de préférence en parallèle avec une écoute du morceau!)
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Eddy Riffard · il y a
Un vocabulaire précis et des phrases bien structurées pour ce texte singulier.
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Kaleïdocoloroscope · il y a
Eddy Riffard merci de m’avoir lue 😀
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Ginette Flora Amouma · il y a
Une belle composition sur cette interrogation métaphysique qui nous fait souffrir . La vie est un combat permanent et on cherche l'apaisement d'abord dans l'art puis la mort vient nous donner l'ultime clé . "Donne- moi la clé pour ouvrir cette porte . " a supplié mon oncle avant de jeter son dernier soupir . Votre texte me fait réfléchir une nouvelle fois à cette question de la mort .
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Kaleïdocoloroscope · il y a
Merci pour votre touchant commentaire, effectivement autant l’on craint la mort, autant paradoxalement elle peut être une délivrance...
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Lolanou · il y a
Une musique sombre, des accords que martèle la vie... mais chut, le train rentre en gare, fin du voyage ! J'ai aimé
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Keith Simmonds · il y a
Une belle œuvre musicale ! Bravo ! Grâce à vos votes, “ Sombraville” est en Finale !
Une invitation à confirmer votre soutien si vous l’aimez toujours ! Merci d’avance
et bonne soirée !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/sombraville

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Dolotarasse · il y a
Une jolie étude de l'existence. Belle musique.
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Ardillon · il y a
promis juré le le relirai avec la musique quand le marteau piqueur dans la rue aura fini sa mélodie
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Kaleïdocoloroscope · il y a
Merci pour votre vote, pourquoi pas mêler les deux, le marteau piqueur ajoutant une touche de musique concrète à la splendeur post-romantique de Rachmaninoff...
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Ardillon · il y a
quand j'écoute du classique ou du vieux jazz j'ai souvent un concerto d'aspirateur alors je coupe tout et le vais voir la mer je rêve au rythme lent du ressac que c'est reposant !