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Pierrotdu84

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Ces coups de vent qui apeurent les arbrisseaux
Cette palette que le peintre a abandonnée au bord de sa toile
Ces odeurs de jasmin aux terrasses de printemps
Ces camions fous emplumés de collisions mortelles
Cette gorgée de bière amère à souhait
Ces oripeaux de miséreux récoltés chez les riches
Ce cor de chasse sonnant l'effroi des peuples forestiers
Cette boite d'allumettes jaunie attendant son pyromane
Ce masque mortuaire arraché au sommeil éternel
Ces égarements dans les pages des livres qu'on ne lira jamais
Ce cycliste amoureux des nuits de son vélo
Ce rocher délabré aguichant ses sisyphes de passage
Cette poule aux oeufs d'or à couver des oies blanches
Ce rameau d'olivier brisé par les guerriers
Ces nuits blanches d'amour aux réveils du temps noirci
Cette route perdue qui ne menait nulle part
Ces bancs publics où les chiens viennent flairer les amoureux absents
Cette orange bleuie dont parlait le poète
Ce mur défraîchi où plus aucun tag ne brille la nuit
Ce village qui s'est endormi sous sa zone commerciale
Ces espoirs dangereux sommés de s'éteindre
Cette montagne au loin où les loups marquent leur empreinte
Cette main qui caresse celle qui veut la frapper
Ces plages abandonnées sans aucune madrague à chanter
Cette folle certitude du lendemain incertain
Ces tarmacs engorgés de leurs ailes conquérantes
Cette amie qui nous dit que la vie n'est pas un songe
Ces repas de famine à chercher les familles
Cette lettre dont la bouteille ne veut plus
Ce passereau si beau dans la gueule du chat
Cet agenda fiévreux à casser tous les thermomètres quotidiens
Ce gentleman farmer qui golfe sous la lune en croissant
Ce vin d'appellation à défausser les nappes dominicales
Cette solitude à deux qu'on appelle compagnonnage
Ce gravier oublié dans la chaussure du voisin de course
Ces joies si simples à vivre et si malaisées à dire
Cette école maternelle attendant qu'on la renomme paternelle
Ces absences comme autant de présences oubliées
Cet usufruit de notre terre à déduire de l'héritage
Ce menton volontaire pour quels regards fuyants
Cette fable où le boeuf va se muer grenouille en bénitier
Ces doigts qui montrent le ciel pour mieux le nier
Cet arrosoir de jardin qui maudit les orages du temps
Ce robinet manquant de courage et qui fuit devant la menace du plombier
Cet astrologue qui nous a prédit le passé composé
Ce journal du matin imprimé de mauvaises nouvelles futures
Cette chaise où s'asseyait le patriarche des pélerins d'amours frustrés
Ce vol de corbeaux sur nos plaines au bout de ces fusils mal ajustés
Ce magasin de vente à crédit des articles démodés
Cet orgueil du pauvre à vivre en-dessous de ses moyens
Cette sobriété réfléchie de tous ces actes irréfléchis
Cette moto revenant du défilé des folles années mortes
Ce cheval qui galope à travers les plateaux de télévision
Ces inconnus que l'on finit par connaître trop bien
Ces chênes et ces vignes en nos collines ensoleillées
Ce boxeur attiédi au sortir des quatre cordes du ring
Ces wapitis et ces yaks amoureux de nos scrabbles
Ces lunes de miel échappées des essaims d'abeilles
Ces grammaires d'amour pour solitaires mal intentionnés
Ces dauphins malappris qui ne copuleront plus
Ces écharpes autour de nos cous frileux de jour en jour
Cette parade impudique des oiseaux amoureux
Ces hurluberlus criant aux scorpions dans le désert
Ces alcools frelatés à faire la nique aux interdits sanitaires
Cette mésange en mon jardin qui ne se mêle pas aux moineaux
Ces feux d'artifice à faire péter plein d'étoiles de poudre
Ces cailloux du chemin qui roulent sous la mousse
Ce vin qu'on ne dégustera qu'en silence les yeux dans les yeux
Ces amours suburbains aux couleurs de la mélancolie
Ces ensorceleurs du dimanche et des jours fériés
Ce champ de blé où germent nos futures galettes
Ces parfums de poison aux narines déconfites
Cette truite qui vagabonde au fil de son eau nourricière
Ces armoires pleines de souvenirs cachés entre les vieux draps
Ces philosophes qui se brûlent aux flammes de leurs pensées
Ces rues aux carrefours poisseux de leurs feux rouges
Cette antilope naine mangée par cette vieille lionne affamée
Ce passage de témoin du passé dépassé au futur malhabile
Cette scène où les corps s'étreignent avec les mots
Ces révolutionnaires apprenant la patience
Cette musique lointaine qui vient de l'intérieur
Ce bateau échoué attendant la prochaine marée montante
Ces chasseurs d'images suicidés à Epinal
Ces encouragements aux joyeux hercules forains
Cet orage magnétique aux déluges d'éclairs superlatifs
Cette brume qui enveloppe les pensées les plus folles
Ce facteur d'orgue qui voulait nous vendre ses tuyaux
Ces galaxies trop proches à nos vieilles années-lumière
Ces yeux pour ne plus voir les pailles ni les poutres
Ce monde enchevêtré où l'on ne vit que quelques mille fois

A l’aube de chaque jour mon amour mes amours vos amours

PRIX

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Pascal Depresle · il y a
C'est merveilleux comme du Prévert, Pierrot. Comme je suis désolé de ne l'avoir vu plus tôt dans le flot de ce prix.
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Keith Simmonds · il y a
De jolies images bien choisies pour cette belle peinture d'amour ! Mes votes ! Une invitation à lire “Ses lèvres rougissent” qui est en lice pour le Grand Prix Printemps 2018. Merci d’avance et bon dimanche !
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/ses-levres-rougissent

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Yasmina Sénane · il y a
Quel inventaire ! plus long que Prévert ! Bravo !
je vote pour "Ces odeurs de jasmin aux terrasses de printemps", mais pas que ...
Apprécierez-vous "Entre les persiennes", plus court ;-) ?

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Pierrotdu84 · il y a
Merci. Vous avez plus de talents que moi pour dire les choses plus simplement et plus brièvement. Mais je retiens votre amicale référence à Prévert, l'un de mes poètes préférés
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Miraje · il y a
Comme un éphéméride, page après page ...
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Pierrotdu84 · il y a
Merci. Et je songerai, une prochaine fois, à aller jusqu'à 365 vers....
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Pierrotdu84 · il y a
Ah, j'aurais pu (ou du) écrire 365 lignes... c'est une idée pour une prochaine fois... merci !
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Nadine Gazonneau · il y a
Une poésie de l'amour qui met en scène notre vie , notre société . Une poésie qui interroge . Une poésie qui oblige à prendre acte de tous ces faits énumérés . Alors partageons et soyons plus heureux .
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Pierrotdu84 · il y a
Rien d'autre à ajouter. Merci !
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Nadine Gazonneau · il y a
J'aime ce que vous écrivez , c'est beau , vivant : un reflet de notre monde qu'il soit beau ou tragique .
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Chantane · il y a
sublime, j'aime beaucoup
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Pierrotdu84 · il y a
"Sublime", n'exagérons pas... mais si vous avez aimé, tant mieux, bien sûr ! MERCI
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Virgo34 · il y a
De belles images dans cette énumération d'amours et d'amoureux.
Je suis aussi en compétition dans le même Prix et je vous invite à aller découvrir mon sonnet. Merci.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/au-bout-de-la-nuit-1

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Pierrotdu84 · il y a
Y a-t-il autant d'amours que d'amoureux...? That is the question. Merci Virgo
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David Rudloff · il y a
C'est une belle liste démonstrative, mais le thème se dér-aube un peu...
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Pierrotdu84 · il y a
Le thème c'est surtout l'amour, et pas une ligne ne manque d'en parler, même si parfois de manière cachée. Merci David
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David Rudloff · il y a
Le thème, c'est L'amour et ... l'aube ;-)
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Pierrotdu84 · il y a
90 lignes sur l'amour (dont 2 qui peuvent évoquer l'aube), et une sur l'aube en envoi... oui, je sais, le dosage est inégal, mais peu importe, j'aime bien m'affranchir de toute règle pré-établie... Bien amicalement
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Leméditant · il y a
Un texte foisonnant d'images de notre monde... qui offre matière à penser! Bravo.
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Pierrotdu84 · il y a
C'est bien normal que le méditant soit aussi le penseur.... merci, ami !
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Nabelle · il y a
bieeeeeeeeeeeennnnnnnnnnnnnnn trop long, mais, les révolutionnaires qui apprennent la patience, ça me plait ;-)
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Pierrotdu84 · il y a
Hé oui, je ne sais pas faire court... les aïe culs, très peu pour moi ! Quant à la patience, j'ai décalqué le camarade Bakounine, qui a dit " La patience est la vertu la plus révolutionnaire". Donc, merci pour votre patience à lire et partager, Nabelle.
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