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ELLE A DES ESCARRES PAULETTE

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Gérard Le Gal

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Oyez, Oyez, braves gens,
L'histoire de Paulette et de Julot.
Une belle histoire d'amour qui tourne court
Paulette est mal mariée, lui est mal épaulé,
Il joue des castagnettes,
Elle joue de la guitare, cachée, Paulette,
Car elle n'aime pas les désaccords.
Paulette a un beau corps.
Nichée dans le coton, sa poitrine s'expose.
Il esquisse un sourire, elle s'excuse de rire.
Elle exulte, il l'exécute,
D'un regard froid d'hidalgo en goguette.
Il boit un verre luisant de crasse
Et danse devant la glace.
Elle admire ses pas chassés et craque une allumette.
Il prend son corps sur le billard, sombre héros basané.
Elle devient folle de lui,
Mais lui s'en fiche pas mal car il aime un cheval
Qui lui a fait gagner de quoi se reposer.
Belle crapule, jolie dot, contre l'amour, il a l'antidote.
La vie reprend son cours, sur du velours.
Elle shampouine à foison, il glande à la maison.
Son truc à lui, ce sont les canassons,
La came à fond, il écoute les sons interdits
Et s'éclate la rate de substances illicites.
Elle s'écaille le vernis sur des têtes mal taillées,
Il se ronge les ongles de ne pas avoir joué
L'hongre élancé, celui qui frôle les poteaux d'un naseau belliqueux
Et transforme les cartons transpercés en pluie de dollars.
Elle en a marre, il en a cure,
Elle manucure, il s'égare en volutes translucides.
Il chevauche des chimères, elle rêve d'être mère.
Le soir, elle vient le voir,
avant de retrouver son conjoint bien marri.
Ils ont des corps à corps exaltés.
Allongée sur le dos, elle repose ses varices
Et repense l'avarice d'un mari possessif.
Elle rêve de liberté mais elle est aliénée

La vie s'installe.
Elle jette des nappes sur des tables trop noires,
Pour faire de tous les jours un dimanche.
Des nappes ensoleillées par un regard de braise.
Ils bâfrent, il la baffe. Il est comme ça Julot, pas méchant,
Mais on a son standing tout de même.
Un homme affable, un homme à femmes.
Il a de l'ambition pour sa petite pouliche.
Il la voit en gagnante dans la deuxième.
Il lui enjoint de quitter son travail,
Lui fait miroiter la lune dans le crêpe de soie.
Pour elle, il fera descendre les étoiles du ciel, c'est un poète le Julot.
Il la nargue, il est gai et s'administre sa dose officielle de défonce.
Il se voit déjà Lord dans une belle écurie.

Mais en fait d'écurie, c'est la curée.
L'époux s'époumone.
Paulette est décidée, elle ne reviendra plus.
Elle quitte l'époux et les pellicules, finis les shampoings.
Elle rêve de cinéma. Elle rêve de s'animer.
Elle a pris le maquis pour un mac qui fait courir les pouliches
Sur l'hippodrome de la rue.
Hypocondriaque chronique, il se fait du souci.
Il aurait des sous si Paulette travaillait.
Elle s'alanguit, allongée négligemment sur l'alaise défraîchie
Qu'a-t-elle à s'enticher d'un amant entaché qui l'attache à la tâche ?
N'empêche, le péché a le goût du fruit défendu.
Julot la crucifie sur l'autel du plaisir.
Au paddock, Paulette !
Bientôt elle arpente l'appartement de Julot,
Où des clients lui passent sur le cœur.
Elle qui rêvait d'épater la galerie, la voilà clouée au pilori.
Elle a franchi le Rubicon de la honte.
Paulette met toute son énergie pour laver l'affront.
Elle monte au front, chaussée de ses talons aiguilles,
Sur le macadam, elle a franchi la haie d'horreur.
Julot, mal à l'aise, ausculte l'occulte face de la vérité
Et lui réserve un sort sordide.
Il devient distant.
Lui qui croyait jouer le ticket gagnant,
Il est tombé sur une tocarde.
Galamment, il galvanise sa toquade,
Mais elle n'est pas faite pour la bagatelle
Car elle a des escarres, Paulette.

Déjà il songe à écarter son cheval boiteux.
Mais elle ne s'en laisse pas compter, Paulette.
Larme à l'œil, l'arme au poing,
Elle le supplie de la garder au pâturage.
Lui, sans tact, il tique. Mauvaise tactique.
Il ne la voit pas venir avec ses gros sabots.
Il s'étire, elle tire dans un délire et casse la tirelire.

Elle refait sa queue de cheval et disparaît dans la nuit.
Julot est dans le potage avec ses chevaux d'ange !
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Image de Pascal Gos
Pascal Gos · il y a
une histoire d'amour entre parenthèse, Je vote
Gérard, je vous invite à grignoter mon hamburger de Noël qui est en lice pour la final du GP hivers 2019.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-hamburger-de-noel-1

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