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Dis-nous misère

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Dominique Mutel

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La misère devient l’institution
Que l’internaute archive dans ses favoris.
Chantée par des bardes à prétention,
Son refrain triste trotte dans tous les esprits.
Elle fait la une des magazines.
On se dispute ses malheurs sur les plateaux
De télévision, les ondes radio.
Voilà que parmi les voix plaintives, bientôt
Elle geindra au micro des studios.
L’impuissante morale glapissante usine
Des préceptes trop pesants à porter
Depuis plus de deux mille ans et le Christ pantois
Use ses clous sur ses bois tourmentés.
Dans les champs par le soc retournés maintes fois,
Sa graine têtue s’étend et prospère
Comme la puce affamée sur un maigre chien.
Elle est une louve marchant sans fin
Avec sa meute étique de maux quotidiens,
Roulant ses prunelles ivres de faim
A la recherche de nos bonheurs qui se terrent,
Patrouillant tous les cœurs pour en saper
La bonté scintillant sur l’encre de nos nuits,
Dans le métro, la rue, s’en va souper
En invitée avec tous ceux dont l’espoir fuit
Vers la lueur des froids porches d’église.
Le monde est sa maison et l’homme sa raison
D’être où, toujours vainqueur dans un combat
Sans mi-temps, elle dit à la pitié : « causons »,
Comme la hache à l’arbre qu’on abat,
Comme l’agneau mis sous la lame qui s’aiguise.
En grande sœur fraternelle, elle unit
Les gueux par delà les frontières et les mœurs,
Vivant les mêmes malheurs réunis.
Elle enfante l’homme universel dans l’horreur
Et de la douleur pleine d’amertume
Eclot le sentiment de sa fragilité
Semblable à la fleur parmi le chardon,
Tandis qu’au Grand Livre de comptabilité
On met plus de haine que de pardon
Dans ce bas monde que l’on déclare posthume.

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Flore · il y a
Misère, misère chantait Coluche...
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