6
min

Dessous de ma fenêtre

6 lectures

1

Dessous de ma fenêtre je vois l'onde courber
en fait c'est la rivière par le vent remuée,
je vois sortant de l'eau une chevelure folle
verte et ébouriffée en fait c'est un saule,
j'entends une ablution mais je ne la vois pas
en fait c'est un poisson qui vient de faire un plat,
il y a comme un écho de corne dans la brume
ce ne sont que canards radotant dans leurs plumes,
une meringue soyeuse glisse à la surface
cygne majestueuse qui envahit la place,
j'aime bien les cygnes.
En face il y a des arbres qui cachaient des maisons
ils ont été coupés après la transaction,
ça fait au moins deux ans, des travaux tout le temps,
du marteau de la scie, tout qui vrille les tympans.
Cris perçants dans les airs qui rebondissent un peu
les corneilles sont en guerre et elles fondent en groupe
sur deux grands solitaires, les hérons vivent en couple.
Elles en ont tué un, le deuxième est vaillant
quand on s'approche trop près il s'envole en braillant.
Les ragondins subissent leur fourrure comestible
ils ont squatté les berges, sont devenus nuisibles.
Une caresse sur l'eau dans un silence étrange
ou une rivière fendue, des remous sur les rives,
un gros machin s'approche, passe devant, disparaît,
ce serait une péniche, du moins à ce qu'il paraît.
Des restes de progrès flottent dans le courant
c'est comme les trophées d'un ratage inhérent,
ça n'empêche de nager puisque je chie dedans
après tout c'est dilué et je suis résistant.
Les badauds se promènent niaiseux sur le quai
«Regarde ya des canards ! Des poissons t'as remarqué ?»
«C'est comment une péniche, de dedans, c'est bien grand ?»
«On pourrait visiter ?» non mais vous êtes cinglés ?!
des vieux qu'ont des casquettes, des jeunes qu'ont des casquettes,
ce ne sont pas les mêmes, pour ça que je répète,
assis le regard vide mais de conquêtes avides
ils essaient de ramener la gloire dans leurs filets,
mais ils rentrent tout vide et le temps a filé.
À la fin du soleil il transperce les arbres
ça ne dure pas longtemps et ils deviennent noirs,
les rats dans les cailloux s'en font pas pour un sou
d'abord ils savent nager et puis les chats se battent.
Il eusse fallu qu'une nuit avec moi vous poussâtes
pour élancer la barque puis doucement ramâtes
afin de constater ce qu'ici je relate.
Fin du premier acte.










Dans une chambre claire, aux images symboliques,
il y a peu d'affaires mais c'est bien bordélique,
tout sur une étagère sauf des paroles bibliques,
un bureau pour y faire rien que d'informatique,
et un coffre mystère recelant de l'antique.

Un fauteuil qui accueille, promettant des écueils,
des idées qu'on effeuille, des passions qui nous cueillent,
une musique, quoi qu'on veuille.

Un lit pour s'effondrer si on a trop frondé,
ou pour s'y reposer si on a mal dosé,
ou pour y communier, pour y communiquer, niquer si c'est commun,
ou juste attendre demain.

Un réveil pour l'heure, un miroir pour le leurre,
la nourriture du chat et quelques chaussettes sales.
De la vaisselle, des verres, bouteilles restant d'hier.
sous les aisselles peu d'air, des poubelles,
mais pas de mégots par terre.

Un écran qui captive, le cerveau capitule,
l'attention qui pactise et les images capturent.

Une chambre comme une antre, où les semblables rentrent
on sombre dans ce centre que la bonhomie hante.

C'est au fond de la cale, d'un bateau familial,
qu'on atteint cette enclave qui confine au bercail.

L'intérieur chaleureux est partout en ce lieu,
amarré à son pieux car il fait des envieux.
Il vit avec son vieux, travaillant dans les cieux,
et ils font de leur mieux pour ne pas être pieux.

De dehors on les épie : ils se hérissent d'épines,
tapis comme des ermites, ours si on les taquine.

Il faut être invité
pour pouvoir constaté
que le propos n'est pas frelaté.
Fin du deuxième acté.









En été la terrasse, le soleil qui fracasse,
la tôle est en fusion, tongs en ébullition,
on plonge dans le bouillon, ça rafraîchit, c'est bon,
au soleil nos citrons assommés pour de bon.
Au passage des passants on écoute les remarques,
ils ne se gênent pas et nous matent,
je les ignore mais tu les flattes,
je les insulterais tu me calmes,
j'allais me disperser, je m'enflamme.
On sirote ébloui, la peau brûle inouï,
même calciné on rit, et on se plaint aussi,
mais quand l'été s'en va, on le retient des deux bras.
Puis on affronte le froid,
renfrognés dans nos frocs, que l'on troque à nos shorts.
Calfeutrés dans la cale, on a plus qu'à fureter,
l'affront c'est de flirter avec le feutré, effriter sa fierté.
En été la barque, le canoë, les rames, tous en galère,
ça tangue mais c'est sans drames,
ceux qui tombent ont des palmes,
le plus souvent c'est calme,
dans les îles, dans les saules, sous les ponts,
on est l'attraction des promeneurs en famille,
les enfants n'en reviennent pas,
et les parents non plus dès lors qu'ils voient le chat.
«Oh le chat ! Et il ne s'en va pas ?»
ben pour aller où ?
«Maman il est orange comme Garfield !»
petit con.
Sinon c'est la Sanaa qui nage devant nous,
si on la double elle couine, elle est assez jalouse,
«Oh un 101 dalmatiens !»
1h30 de nage elle est encore en forme,
pas comme nous à la ramasse,
à la rame on amasse des crampes.
En hiver tout le monde arrive frigorifié,
si y a du fuel ils se détendent,
sinon y a les ponchos,
les gestes se font moins tendres,
on garde ses mains au chaud,
moi je les mets dans mon slip.
Les canards affamés mangent une fournée entière,
la mie dure comme la croûte,
les cygnes viennent les dominer très dignes,
les mouettes, elles, ramassent les miettes,
les corneilles s'essayent aux piqués, sans trop d'efficacité,
des poules d'eau tentent un peu, mais elles sont trop mouillées.
S'il reste du pain en fin de ce cortège, les poissons font des splashs.
En été on les voit qui flottent le ventre en l'air,
enveloppés d'un linceul aqueux et vert clair,
y en a qui sont énormes et ils puent tous sévères.
Au printemps, pleins de fougue, ils s'agitent sous les saules,
c'est le seul arbre ou presque.
Qu'ai-je oublier dans ma fresque ?
Tu le sauras si tu partages mes frasques.
Fin du troisième asque.



Dans le silence de la nuit qu'en transe je poursuis,
les grincements prennent vie, et m'inquiètent subit.
Le vent agite les arbres, quoi de plus banal,
mais des fois on a mal, de les entendre se tordre,
l'esprit surtout s'affole quand dehors ça gigote,
les toiles tendues de tôles, le métal malmené,
ça s'agite en ripant, ça grince, d'un bruit strident.
On dirait que ça vient de dedans, mais dedans c'est autre chose,
ce sont les murs qui bougent, ils se plient sur eux mêmes,
ils se compriment ou se dilatent,
se renfrognent ou éclatent, ils craquent sec et lourdement,
et je les entends avant qu'ils arrivent,
il n'y a pas de surprise, bizarrerie, temps de réaction piraté.
Le parquet, lui, il avance, quand plus personne ne pense,
se déplace sur lui même, on l'entend progresser,
il se rapproche, peut se taire un instant
puis reprendre son mouvement,
j'écoute attentivement, j'accélère mes battements,
je suis sûr maintenant qu'il y a quelqu'un dedans,
je me lève forcément, doucement mais palpitant,
Je trouve d'une arme la ressemblance,
et prudemment fais une reconnaissance,
d'une fébrile assurance, vigile en pyjama,
toujours en vain, je me fais avoir mais au moins le serein revient.
Le vent peut être enivrant, chantant en chuchotant,
une mélopée de fond s'éternise dans mon crâne,
elle traîne lentement langoureuse et affable.
Il transporte une rumeur, des notes s'y accrochent.
Puis le héron s'esclaffe et taille une anicroche dans le silence,
triple croche de présence, qui raisonne avec insistance.
Ce héron me passionne,
il me déchire le cœur, il braille, nous arraisonne,
il claironne sa douleur, il est veuf, quel malheur,
alors il erre en pleurs,
il survit et se bat pour le nid qu'il n'a pas.
Un cygne aussi a connu cette cime de souffrance devant nous.
L'un des deux a bouffé la ligne avec l'hameçon,
je n'aimais déjà pas trop les pêcheurs,
il a pas pu l'avaler, il a un cou trop long,
imaginez l'horreur.
Il ne mangeait plus rien, l'autre était chamboulé,
on voulait l'attraper pour l'emmener soigner,
mais on l'a qu'effrayé, et on ne l'a plus vu.
Plus tard j'ai aperçu le survivant, errant à bonne distance, refusant ma boulange,
comme s'il se souvenait, comme s'il m'en voulait,
il aurait bien de quoi, j'aurais pas dû rater,
j'aurais dû le sauver, mais j'ai abandonné, je me suis résigné,
je suis rentrer rimer, avec des é, c'est laid.
Mais je vais m'y atteler
C'est pas de la télé
tu peux pas postuler
pour élucider que
lucides sont mes idées.
Fin du quatrième lacté.





De la berge s' hérissaient quatre passerelles,
métalliques et ingrates,
mais qui servaient quand même à nous rendre moins pirates.
Les péniches ventrues s'y tenaient alignées,
s'y cognaient mollement dans les vagues,
mais violemment par moments, inertie de la masse.
Des câble pendouillaient
pour amener la lumière,
pour apporter l'eau claire,
ou les mots éphémères.
Hétéroclite traîne sur le pont, il s'amasse et se fond au décor,
de bâbord comme de tribord.
On choisit nos couleurs, ça établit notre humeur,
l'identité décorative (c'est mieux qu'édenter des corps hâtifs).
Ces lourdes formes flottent, si pleines d'une vie
que personne ne devine derrière l'attrait sommaire,
surtout noir malgré nos coloris choisis.
Dehors c'est buriné, ça pare l'intempérie,
dedans c'est plus douillet, c'est moelleux d'amitié,
sirupeux de partage
quand on s'oublie au large
de nos égos grinçants,
c'est l'esprit d'équipage,
un lien très résistant,
qui relie les esquifs.
On se croise au point d'eau,
ne se toise pas de haut,
on festoie dans la nuit,
on se prête des outils.
De la berge peu de plantes, du béton quelques bacs, des buissons mal taillés,
mais c'est mon jardinet,
où tous passent promener, ou faire chier le clébard,
ça a beau m'ennuyer, risque pas que j'me barre.
Mon chat a son domaine, ceux des voisins aussi,
chaque bateau a le sien mais ils ne sont pas copains,
ils feulent ou ils crachotent, ils s'attaquent sans parlotte.
Le chat de la maison d'en face a réussi à se faire une place,
il s'est maqué au mien qui est le plus beau de loin.
Les badauds s'ébaubissent, caressent sans qu'il s'esquive,
il les suit, les précède, trotte avec les bipèdes.
Ils sont comme en extase, comme face à un mirage.
Mais c'est juste mon chat, un miracle poilu avec des puces dedans.
Il joue à la ficelle mais préfère me courser,
il aime bien galoper, mordiller et griffer
moi qui imaginais adopter une poupée !
Finalement je suis comblé.
Si t'es pas emballé
c'est que tu sais pas à quoi
tout ça peut ressembler.
Fin du cinquième actblé.

1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Aurore Attignie
Aurore Attignie · il y a
bien sur ca c'est pour nous et pour nous seuls finalement, mais il y a quand même de magnifiques passages qui zénithent l'éloquence et le rythme et pourront émouvoir même ceux qui n'y sont jamais allé!
·

Vous aimerez aussi !

Du même auteur