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Des barques sur le lac

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Il neige sur des allumettes.
Insupportable soir rageant !
En tête-à-tête deux gourmettes
Comme des couverts en argent

Pointent au faite de Menthières
Le verre à verre pour autrui.
La fontaine du cimetière
Bientôt ne fera plus de bruit !

Des glaçons pendent aux étoiles.
Des étoiles au sol cendré,
Balle de la gueule des squales
Le tronc d'un être démembré.

Des allumettes font la chaise,
La chaise haute du géant
Pelletant au Père-Lachaise
Des monceaux de l'ombre, j'ai en-

-seveli des gnomes de gomme
Dans le nombril de Gulliver,
Des sous-êtres attirés comme
Par un feu au cœur de l'hiver.

Des allumettes sous des lampes
Font, du pruneau dénoyauté,
Le suçon des lèvres où flambent
Amour, œdipe, cruauté.

Soudain un Everest perpètre
Par un chiffonnage retors
Un lit de cendres où peut-être
Viendra se coucher l'autre corps !

Viendra-t-elle ? L'esprit agnelle,
De par la pensée entrainée,
Une question solennelle :
Peut-on vivre sans être aimé ?

Enracinée aux Plans d'Hotonne
La mangeoire des passions
Aux compagnes radines donne
De pitoyables rations.

Des mains squelettiques, sous table,
Font, de trois pieds le tabouret,
Bancal obstacle redoutable
D'une enfant folle qui courait

Dans la ville d'avril. L'enfance ;
Un quartier de lune, éventré !
Attention danger ! Défense
Aux ombres blanches d'y entrer !

Aux girouettes qui bougèrent,
Les tuiles devinrent remblai.
Caché dans les hautes fougères
Un coq de bruyère chantait.

Son bec qui creusait la pierraille
Devint aussi dur que l'étain,
Dix mille tonnes de ferraille
Aux chevillettes de Verdun.

Depuis, l'orage a fier allure !
Les tonnerres d'un gris argent
Flirtent comme un foutu galure
Sur la tête des pauvres gens.

Des fragments de soufre et des rates
Au feu d'escampette, acculés...
Grattent les amours mortes, grattent
La boite des songes brulés.

Des allumettes font le squale...
Sous les draps, saoul comme un Polack,
Chante avril, chante Don Pasquale...
Il pleut des barques sur le lac !

Il pleut des cordes de raquette.
Des marteaux lourds de charpentier
Enfoncent des clous dans la tête
De girofle du monde entier.

La vie se colle aux lèvres roides,
Aux engelures du hameau
Du grand taiseux des Terres Froides
Dont elle a caché chaque mot,

Chaque syllabe de flagrance
Dans des bottines, nom de nom !
D'un petit village de France
Où traine encore son prénom.
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Image de Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
Merci pour ce magnifique chant de coq qui donne l'espoir et fait sourire le printemps. Et puis souvenez-vous le beau temps vient toujours après l'orage. Vos deux barques sur le lac ont peut-être envie de faire un petit tour..
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Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
C'est magnifique, Célédonio. Ce long poème est à lire et relire pour en découvrir toutes les facettes. Un trésor de belles images. Je clique sur j'aime.
NB. J'ai mis un message sur votre "L'étang des pleurs" pour solliciter de vous de revoter pour mon merle.

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