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DE RIVE A RIVE

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Dominique Mutel

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DE RIVE A RIVE

Cette guerre qu’on veut me faire croire mienne
N’a pas de frontière qui tienne.
Partout elle allume ses avides brûlots,
Enflammant l’amadou des rêves
D’ailleurs se fracassant dans l’écume des grèves,
Tel un radeau au fil de l’eau.


Une main possédée a incisé l’aorte
D’un mal qui lance ses cohortes
A l’assaut du verger commun pour le piller
Comme Jason aux Hespérides.
Sous les cieux de l’Orient et d’Afrique, l’aride
Espoir pour d’autres peut briller.


Toi, exilé des savanes de tes ancêtres
Rougeoyant du sang de tes maîtres,
Toi, dont les yeux d’ébène gardent des forêts
Hurleuses les vertes ténèbres
Feulant sous la menace de ton pas funèbre,
Tu es la proie d’obscurs arrêts.


Sous la barque épouvantée, le vent scie la vague
Qui t’ouvre son antre d’algues,
Et tu flottes dans les bras hideux de la mort
Entre extrême envie, extrême crainte,
Soulevé par l’espoir, abaissé par la quinte
Des flots qui t’éloignent du port.


Tandis que ton village s’endort et s’éveille
Dans les chaudes brumes vermeilles,
Que ta femme et enfants se languissent de toi,
Telle d’Ulysse Pénélope,
Ton cœur subit l’exil du chagrin qu’il écope
De ses battements pleins d’émoi.


Ce destin qui nous dépasse t’a mis en cage.
Ses barreaux s’appellent mirage.
Tu as quitté la terre qui t’a enfanté
En pleurant sur ses plaies amères,
Et sur le souvenir des jeux avec ta mère
Pilant le millet récolté.


La misère t’aura mordu et sa blessure
Est le sceau fatal des censures
De nos temps si égoïstement triomphants
Dans leurs appétits insatiables.
Que voudrais-tu, sinon un petit bout de table
Au banquet tronqué des puissants ?


Sous la griffe noire du malheur tu dérives,
Nostalgique de cette rive
Que tu abandonnes, inquiet de l’inconnu.
En explorateur de tes plaintes
Comme le furent Colomb, Gama, Drake et maintes
Audaces, tel Moïse nu


Dans son panier d’osier, te voilà qui divagues
Dans le délire de la vague
Qui te porte vers moi, tout autant exilé
Que tu l’es en mon pays propre
Sans vertu sincère, tel un produit impropre
A la consommation du laid.


La terre que je sens sous mes pieds est la même
Que tu chéris comme une gemme.
L’air qui enfle tes poumons, fait battre ton cœur
Me remplit aussi d’oxygène,
Gonfle l’opulence, insuffle à la pauvre gêne
Son aigre bise de rancœur.


De ton rafiot Argo, tu vois enfin la côte
Que tes dures épreuves cotent
Haut dans ton imaginaire qui brûle fort.
Nous allons partager un autre
Exil plus subtil qui te fera prendre entre autre
Nos déchets pour des pommes d’or.

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Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Un beau poème très explicite sur les causes de l'immigration à l'instar de mon sonnet Mumba. Merci, RO94 d'avoir écrit cette vérité et enchanté que nos voix se rejoignent sur ce terrible problème.
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Marine Azur · il y a
Dures réalités ... sans humanité ! merci RO94
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Une amère mais réaliste situation actuelle.
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Dominique Mutel · il y a
Merci pour cette appréciation. Bonne soirée quand même.
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