De l'utilité du poète

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Le poète est un être atypique - l'est-il ?Capable d'attraper l'étoile comme de la cracher (il n'est pourtant pas ignifugé) sa lumière n'atteindra que rarement l'homme éveillé. Le poète est un rêve qui se voudrait vivant, mais qui s'engrave dans le sommeil qui l'entrave. Le poète veut vivre, aspire à vaincre la frontière mais des voiles l'avalent et le retiennent : sa communication est altérée.
Altérée par ce qu'il ressent et qui ne peut se transmettre sans le connaître - c'est la sa frontière, car le poète ne se veut pas connaissable sans ses poemes, et ses poèmes ne se comprennent que par la connaissance de lui, lui semble-t-il - et il sera alors son seul public, aux applaudissements tristes.
Frontière aussi : celle du corps et de l'esprit qui s'oppose à ceux d'autrui. Car le poète ne comprend les hommes que par bribes, par brins de folie brève et malgré cela, le poète brûle d'être aimé : l'amour est son poème préféré, il le réécrit toute sa vie, même si les rimes lui manquent, il procède immanquablement à la distanciation du langage, sa parole de feu ne brûle que sa propre bouche, ses lèvres n'embrassent que le Soleil, ses doigts ne suivent les courbes que de la Lune - si les astres lui parlent, il ne leur répond qu'inintelligiblement. Il ne sait qu'attendre l'éclipse, mais la patience lui manque, et souvent la colère lui vient. Une colere vaine qu'il ne confie qu'au ciel qu'il supplie d'un déluge de liqueur pour lui noyer tous ses malheurs (le poète compte trop sur le ciel, il est souvent déçu, et se tourne alors vers de solitaires et terrestres alcools). Il est peureux, les mots le rassurent et le tuent, ils sont son courage et sa terreur. Son interlocuteur est un écran, toujours, et un miroir souvent. Le poète espère le briser, mais il ne fait qu'empirer la densité de la distance qui l'a séparé à la naissance du monde réel. Le poète est une invitation maladroite, difficilement lisible, et qui la déchiffre la fuit. Il a volé du feu, il ne sait pas à qui, et il n'éclaire personne. L'électricité l'a remplacé dans le coeur des hommes. C'est pourquoi je doute de l'utilité du poète. Il ne correspond pas à la demande actuelle, et son offre ne la fait qu'à lui-même.
Il tente d'évaluer : À partir de quelle distance terrestre le poème s'arrachera-t-il enfin du poète ? Combien de kilomètres ? Il voudrait que ses mots soient fusée dans la stratosphère (dix milles, donc), une petite bombe de mots, qui pleuvraient sans qu'on sache d'où les gouttes ont plu, voilà ce qui lui plairait. Mais les hommes n'oublient plus leurs parapluies, et les mots pluie glissent sur la toile plastique, comme le poète glisse sur la toile du monde, qu'il sonde à l'aide de vaines alliterations, d'assonances insensées, à la recherche d'une prise, d'une entrée. il cherche la serrure et il croit que les voyelles et les consonnes et les voyelles qui résonnent sont autant de clés, et il a raison : ce sont les portes qui manquent car il est la seule porte qu'il trouve, et c'est une porte de sortie (emergency exit). Le poète est une fuite de l'autre qui tente d'atteindre l'autre, cela s'est trouvé par hasard son paradoxe, et au lieu de maudire le hasard et de s'emparer du possible il le regarde, hagard, il se pense impuissant et sa pensée est son pouvoir qu'il utilise à mauvais escient et sans s'en soucier. L'état cotonneux qu'il se coltine continue de l'inquiéter, mais la quiétude n'est pas sa quête, non. Sa quête est de trouver sa quête, ou peut être simplement de la chercher ; chercher, trouver : le poète est indécis et hésitant pour rien, pour deux mots voisins, pour deux filles malignes, pour toutes les vies qu'il aurait pu vivre et voilà le résultat : un texte que personne ne lira.
à part toi.
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