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Crucifixion (revisitée)

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Patrice Merelle

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I Sion

J’ai plus de souvenirs ! Quelques notions
Perdues qui perdurent en pointillées,
Dans l’humeur sombre d’une émotion
Comme se meurent les roses fanées.

J’ai plus de morts abhorrés à la lune
Livide des visages rigides qui nous dirigent
Vers d’étranges racines carrées communes
Où rongent mes vers dans l’éther qui se fige !

Rien n’égale le cercle de sa quadrature
En vecteurs d’amour à x inconnues
Comme remords, comme mors en fissures
Où gisent les corps de nos amants nus.

Allez ! Mélangez les pâles des anges
Sous les pastels de nos cieux surannés
Où s’épousent l’ennui et les louanges
De notre propre déchéance longtemps ignorée.

Seuls, les vivants s’empalent sur la lance de la destinée
Pour trouver le repos des neigeuses méritées
Dans l’immense caveau d’un Paradis nommé
Quand brillent les rayons de notre fatalité.

II Lance de la destinée

Où vont tous les billets doux signés
De notre aisance, de notre complaisance,
Quand l’amour d’un pays d’errance
Nous rappelle à toute curiosité ?

Ils entassent des secondes de déplaisir,
Dans des tiroirs à la tombée du soir,
J’entache des senteurs de nos plaisirs,
Dans chaque alcôve de notre boudoir.

Je me suis brûlé ! Ô astre de miel
Qui sans fin me poursuit dans sa course,
Avec ces cheveux d’or et de soleil,
Je connais ces sentiments dans la grande Ourse !

Qui s’acharnent à décharner les vivants ?
Il ne faut pas du chant, de cette mélopée
L’appeler, de peur de se perdre dans le temps
De l’ignorance, Longinus et tes lentes années.

Le bourdon fredonne le sol mélancolique
De nos tristes cerveaux, j’avais mille ans
Quand j’irai à nouveau comme le colchique
Me terrer dans le terreau de l’ignorance et du temps.

III Dans mon cœur

Tout ce qui vous touche m’émeut si facilement,
L’ennui des chiens tout comme la vie des gens,
Assoupi le long d’un trottoir quand vient le soir,
Les yeux mi-clos méprisant nos dépotoirs.

J’ai vu des granits s’écrouler par nos pensées,
J’ai vu des montagnes devenir vallées,
J’ai gravi des rivières à contre-courant,
Naissant de viles courbettes dans l’étang.

Dans l’étang des puissants, j’ai puisé mes sources
Matière si vivante à jamais jeune, ni vieille,
Rien ne peut apaiser la souffrance de notre course
Ni l’immortalité de nos écrits qui veillent.

Et dans les bains de sang, s’écoulant de nos croix,
Les peuples murant leur propre tombeau,
Se taisent à jamais de leurs plus belles voix,
Et là où les larmes versées qui font des eaux,

Naissent les squelettes de l’Olivier millénaire
Brindilles après brindilles, scintillent
Dans la lumière du vent rédempteur qui erre
Pour tirer le meilleur de l’humanité qui se fendille.

IV Epilogue

Et sur ces terres à geindre, les cloches de l’angoisse
Se taisent enfin, laissant l’atroce félicité
Eclater au grand jour, effacer la despotique poisse,
L’Homme peut enfin hurler ton nom et s’incliner.


© Patrice Merelle 16-06-2016

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