Crépuscule (*)

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《Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi !》Jean Cocteau  [+]

I.

En silence
Se laisser fondre
Aux ombres
Sans réflechir
Fléchir aux élans
Qui entraînent
Laisser le sang
Battre tes veines
Et puis, et puis
S'éblouir à ta lumière.

II.

Autour d'un feu
Faire résonner
Ta petite musique
Fredonner
La vie est belle
Retenir ce qui est bon
Et ne jamais s'enorgueillir
Il y a un temps pour tout
Et aussi
Un temps pour l'éternité.

III.

Se souvenir
De ceux qui sont partis
Marins, voyageurs des mers
Qui n'ont jamais pu retrouvé
La douce chaleur
De leur foyer
À la tombée du jour
Nous allumons des feux
Des signaux
De larges S.O.S.

IV.

Sous un ciel
Voir nos feux
Devenir braises
Pleurer sur nos mains
Mordre nos chairs
Qui se déchirent
Assister impuissant
À la décomposition
De ton cœur
Qui sombre.

V.

Y a sûrement quelqu'un
Quelque part qui sait
Les raisons qui t'ont mené
À cette branche
On ne peut pas croire
Que rien ni personne
N'aurait pu te retenir
À part cette branche
Maintenant on espère
Que là où tu es
Tu te reposes sans regret
Loin de cette branche.

VI.

Tu as attendu de grandir
Tu as attendu ton tour
Dans une file interminable
Puis tu t'es jeté dans la mêlée
Pour gagner ta place
Au sommet
Alors tu as découvert le sang
Des compromis, des conquêtes
Égaré, seul
Tu as choisi d'arrêter de tricher.

VII.

Tout ce que tu possédais
Toutes tes richesses
Tout ce que tu amassais
Tu te croyais invulnérable
Tu avais la jeunesse pour toi
Tu n'écoutais que ton esprit
Qui te soufflait : Tu es bien plus !
Tu as voulu traverser le voile
Aujourd'hui tu gîs
Tu ne régnes plus.

VIII.

Sur les bords de mer
Marchent des mômes
Sous l'œil des mouettes
Et du ciel qui coulent

Les vagues s'agitent
Des petites mains
Malaxent du sable
Et s'érigent des châteaux

La terre tourne
Ils sourient insouciants
Au temps qui les éclabousse
Mais toi, tu t'en balances.

IX.

Y a ceux qui meurent à la naissance
Et certains sont mort-nés
D'autres d'une saleté d'IVG.
Ceux-là ne verront jamais le jour.

Y a ceux qui meurent à trente ans
D'un cancer foudroyant
Ceux qui s'endorment dans leur lit
En franchissant le seuil tout sourire.

Et puis, il y a toi, à vingt trois ans
Un jour d'avril n'importe lequel
As trouvé ta vie trop cruelle
Et l'as pendu à un arbre.

X.

Sur des rochers
Sautent des hommes
À l'œil avide
Harnachés pour la guerre.

Du sommet des cannes
Fouettent l'air immobile
Des pêcheurs geignards
Claquent des dents.

La nature impatiente
Ferre ces imbéciles
De son air rigolard
Tu n'en reverras plus la queue d'un.

XI.

Dans ta chambre
Il y a un lit tout seul
Et un chevet avec une lampe
Éteinte.

Il y a une penderie
Avec tes habits
Ils ne recouvriront plus
Aucun corps.

Il y a une table, une chaise
Inoccupées
Et une feuille blanche
Que tu ne noircira plus.

XII.

Déplaire à ceux
Qui t'aimait
Les maudire
Trahir leur confiance
Perdre leur bonnes grâces
Et puis, et puis
Plaire à ceux
Qui te méprisaient
Les aimer malgré eux
Malgré leurs anicroches.

XIII.

Tu voulais entrer dans la
Légende
Tu es mort seul dans la forêt
Incognito.

Tu visais toujours
Les étoiles
Tu n'as atteins qu'
Une branche.

Tu disais : "la vie n'est qu'
Une étincelle..."
Ton corps a disparu dans
Les flammes.

XIV.

Tu as perdu ton arbre
Et tu as perdu ta mère
Tu as perdu tes racines
Et tu as perdu ton père.

Tu as perdu ton jardin
Et tu as perdu ton frère
Tu as perdu ta terre
Et tu as perdu ta famille.

Tu as perdu ta maison
Et tu as perdu tes amis
Tu as retrouvé ton arbre
Et tu as perdu ta vie.

Kephas.
*(À la mémoire d'Adrien 1997-2020)
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Image de Randolph B.
Randolph B. · il y a
D'une grande intensité. Je m'incline.
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
C'est insoutenable mais vous le dites avec des mots simples et vrais .

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