Coupable...

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Il est là, presque nu, allongé sur le ventre,
implorant, bras tendus, ses parents impuissants,
petit corps efflanqué, squelettique et mourant
avec des yeux si grands que tout le ciel y entre.

Juste à côté de lui, défile le cortège
de ses frères hébétés, harassés de misère
que l’effort de la marche peu à peu allège
d’une vie que la faim s'obstine à faire taire.

Petit homme qui meurt sous le regard avide
des nantis bien portants se repaissant d’horreur,
si loin de moi, là-bas, sur cette terre aride,
je n’ai rien à t’offrir, rien d'autre que mes pleurs.

Pourtant j’ai dans le cœur l’intense compassion
de ceux pour qui la vie est un bien absolu,
pour qui le monde n’est qu’une seule nation
celle de tous les hommes, à jamais confondus.

Sous tes côtes saillantes, ô terrible injustice,
ton petit cœur s’éteint, ton souffle se fait court,
à ta souffrance vient s’ajouter le supplice
de ceux qui ont pour toi le regard de l’amour.

Coupable, je le suis, responsable et complice,
englué dans ma vie, médiocre et routinière,
prostituant mes idées pour un présent bien lisse
conforme et orchestré par les grands de la terre.

Je rêvais d’océans, d’espace et d’aventures,
de solidarité, je chantais l’idéal,
je me voulais héraut et ne suis qu’un vassal,
courbé, soumis et veule, ô tragique imposture.

Qu’ai-je fait de mon cœur, que suis-je devenu
pour tolérer la faim, la torture ou la mort
de pauvres innocents qui n’ont eu qu’un seul tort
celui de naître alors qu'ils ne l'ont pas voulu?

Et toi, petit enfant, qui es mort en silence,
en invoquant les cieux de tes bras décharnés,
oserais-je affirmer que seule la distance
peut m’absoudre de toute culpabilité?

Ô hommes, regardez le monde ou vous vivez,
avez-vous oublié que l’amour du prochain,
cet idéal naïf, aujourd’hui méprisé,
est l’unique avenir de tout le genre humain?

Là ou rôde la mort, là est ma déchirure,
certes les maux des hommes ont un poids bien trop lourd
pour mes seules épaules et pourtant je suis sûr
qu’unis, nous pourrions tout en croyant à l’amour...

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M. Iraje · il y a
Dans l'indifférence générale, nos frères meurent. Un vibrant constat poétique d'impuissance partagée.
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V. H. Scorp · il y a
Un grand merci!
Bonne soirée.

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Joëlle Brethes · il y a
C'est très beau même si ça nous renvoie cruellement à nos petites vies pépères et égoïstes dont nous renâclons à partager les privilèges…
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V. H. Scorp · il y a
Un grand merci à vous.
Bonne soirée!

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Randolph · il y a
Quelle puissance ! On ne peut rester indifférent à un tel texte, bravo !
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V. H. Scorp · il y a
C'est très gentil. Merci beaucoup!
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Ginette Flora Amouma · il y a
Victor Hugo aurait pâli . C'est porteur de cris , d'imprécations , de rage impuissante.
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V. H. Scorp · il y a
Merci beaucoup, c'est très gentil.
Bonne soirée!

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Sylvie Sperandio · il y a
Très beau texte, criant de vérité; des alexandrins bien tournés. Un texte qui fait réfléchir et... pleurer.
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V. H. Scorp · il y a
Un très grand merci à vous.
Bonne journée!