Condamnés.

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Condamnés.

Ils étaient une cinquantaine,

Spectres décharnés et tondus

Traînant leur misère pouilleuse,

D'un déjà long emprisonnement.

Enchaînés de la tête aux pieds,

Deux par deux, en longues files

Nauséabondes, grises et sales.

Au travers une haie de gendarmes,

Dont l'uniforme bariolé,

Contrastait sur ce quai d'embarquement.

Le cliquetis rythmait la marche,

Et les pas entravés, les pieds nus,

Traînant leurs chaînes, raclaient le pavé,

Révélant deux longs sillons rouges,

Lignes de souffrance et de sang,

Que leurs têtes baissées ne semblaient voir

Et le lent passage de la colonne,

Dans un silence de marche funèbre,

Laissait la foule et les badauds,

Pétrifiés, immobiles et silencieux.

Parfois, un cri déchirant,

Troublait la pesanteur de l'instant,

Et une femme épleurée,

Tentait de briser le cordon de soldats

En hurlant le prénom de l'être cher,

Pour tenter une dernière fois,

Le serrer dans ses bras,

Avant que la mer ne l'emporte.

Dans quelque pays lointain

Lui, les yeux rivés au sol,

S'interdisait de répondre,

Car il savait que ces instants de douceur,

Le hanteraient jusqu'à la fin de ses jours,

Tant il voudrait les revivre.

Alors, sans pouvoir retenir une larme,

Pour ne pas l'apercevoir une dernière fois

Il ne détourne pas son regard,

De ses pieds ensanglantés.

Lentement, sans pause, sans heurt,

Tel un fret de balles de coton,

La colonne s'engouffre dans le bateau,

Et disparaît, sans doute à tout jamais.

Tous condamnés, pas tous coupables,

Nous ne le saurons vraiment jamais,

La justice semble parfois pourvoir,

Les colonies, en mains d'œuvre bon marché.

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