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Complainte musique

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Jargenty

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Jamais partir sans laisser dans la boue la trace de ma botte
Jamais fleurir sans laisser dans l’air l’hospice de mon suc
Jamais sécher, jamais dessécher, jamais me contracter sur ma misère
Jamais blêmir dans d’obscures et moites considérations sur le silence des sphères

J’aurais pu, la marque de la prudence au fer dans le cœur
J’aurais pu, goûtant de la rancœur noire des évangélistes
Racornir jusqu’au bord de mes os mon verbe et ma corolle
Ainsi nourrir mon être de quelque matière de non-être

Jamais, jamais ne souffrir que de la souffrance de la joie
S’ouvrir devant le spectacle pénétrant de la divinité
S’écarteler même de n’avoir le cœur assez grand
Pour accueillir tout ce qui de vie s’exhale dès la première heure

J’aurais pu, j’ai bien failli même, pour être juste
Sombrer avec les sombres, nombrer avec le nombre
J’aurais pu juxtaposer ma semence à la cendre
J’aurais pu mêler mon sperme à la cause de l’extrême dénutrition de l’âme

Résister je l’ai fait, aux mordantes balles de la soif
Jusqu’au bord du soufre j’ai été, reculant mes membranes
Ô que l’air est pâle dans cette contrée de l’autre monde
Comme un lait, comme la peau de la comète mère

Résister je le ferais encore, aux appels de la horde blafarde
Qui s’enlaidit dans son gilet pare-amour et pare-balles
Descendant chaque jour plus avant dans l’ordre décérébré
Mordre dans le couffin sa progéniture même, accablée par le manque

Cela doit être dans un certain ordre le véhicule pour l’ascension
Ordre de la patience et de l’observation des mouvements intimes
Ordre de la réflexion méditative sur l’apparence et le risque
Par cette voie les girations font des contraires un couple qui valse

Je garderais précieusement la substance du Tendre
Pour cette ébauche d’un futur autrement plus dangereux
Puisque les loups auront le droit d’en être, les tigres et les vautours
Aujourd’hui mis au carré dans le déni bleu de la mort verte

Ô l’absence d’avenir dans la froide remontrance des chiffres
Ne le sentez-vous, frères humains perdus dans la multiplication de la manne
Frères humains multipliés au carré sur la dalle des banques
Que ne sentez-vous la fuite éperdue du binaire, son errance et sa douleur

Je me suis tramé en ternaire pour ne pas cramer mes neurones
Conçu qu’il n’y avait ni une ni deux sans la magie d’un trois
Ainsi concluant enfin cette forte et complainte musique
Je m’affirme vainqueur devant l’humanité d’une ternaire maternité
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Image de Marine Azur
Marine Azur · il y a
Un regard sur soi-même fort et beau et qui presse le lecteur à regarder dans la même direction que le poète pour voir à son tour ... ! merci Jargenty pour ce très beau texte
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