1
min

Ce que le jour dit à la nuit

48 lectures

31

Je t’effleure et te fais disparaître,
Quelques secondes de rencontre
Ne suffisent pas pour se connaître,
Je n’ai pourtant rien à ton encontre.
Cinq milliards d’années de rendez-vous ratés,
Cinq milliards d’années, nous sommes toujours fâchés.

Elle me dit : Je ne suis pas ton absence,
Et j’en ai soupé de ton arrogance.
Ignoble mâle, tu n’es pas mon maître,
Alors, je t’envoie paître !

C’en est fini de notre débat,
Et déjà elle s’en va.
Pourquoi me parle-t elle ainsi ?
Se morfondre des heures n’a pas suffi ?

Écoute ma mie, nos enfants
Sont les plus beaux des moments.
Et si nous avons oublié lequel est l’aîné,
C’est à travers eux que nous pouvons communiquer.
Aube m’appartient, la chose est claire.
Mais le garçon, sombre et rancunier,
A un caractère qui me rappelle sa mère.

Elle me dit : Oublie moi le jour, tu parades en vain.
Tes arcs-en-ciel, comme tes brumes dorées,
Jamais je ne les verrai.
Quand à mes merveilles,
Ce n’est pas demain la veille
Que je te les montrerai.
Voie lactée, aurores et étincelles,
Chez moi sont bien plus belles.

Attendre, attendre encore.
Douze heures avant qu’elle ne me dévore.
Ah ! La voilà qui avance.
Ce soir elle sourit d’un croissant dentelé.
Admets le. Tu ne peux t’empêcher
Parfois d’accueillir mon reflet.

Elle me dit : Ma compagne est une traîtresse,
Je voudrais que jamais elle ne paraisse,
Car c’est dans la plus totale des obscurités,
Que les hommes sont pleinement libérés.
En moi ils peuvent se lover,
En moi ils croient passer vers l’éternité.

Entre nous la patience expire.
Que vais-je lui dire,
La prochaine fois que je la verrai,
Qui n’ait été dix mille fois répétés ?
Que la Terre s’arrête de tourner,
Et qu’enfin nous soyons séparés ?
Que je suis solide et qu’on s’appuie sur moi,
Qu’elle est mouvante et qu’en elle on se noie ?
Que je donne à voir la raison,
Lorsqu’elle obscurcit tout dans sa déraison ?
Que je suis debout et qu’elle est lascive ?
Que je donne la vie et qu’elle est nocive ?

Qui puis-je si elle m’inquiète, et m’attire à la fois ?
Je l’aime autant que je la hais. Je suis aux abois.

PRIX

Image de 2018

Thèmes

Image de Poèmes
31

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Jean Calbrix
Jean Calbrix · il y a
Un très beau poème saisissant dans les contrastes présentés par l'être aimé haï tout à la fois ! Bravo, Bernard ! Vous avez mes cinq votes.
·
Image de Chantane
Chantane · il y a
agréable moment de lecture, belle plume, beau poème, tout simplement sublime
·