Cantique d’Adam (II)

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Mais vrai, j’ai trop pleuré, Père, j’ai trop de peine.
J’aurais voulu en vain sauver ma vie sereine :
Voici que mon amour est mort.

Tu sus souffrir, mais moi ! je me détache en cendre
Et ne sens si mon cœur — perdu dans quel méandre ? —
S’est éteint ou seulement dort.

Je n’aime plus, plus rien, je n’ai ni soif ni âme,
Je n’adore et ne prie et n’ai gardé de flamme
Dont la lumière marque un port.

Père, tu as créé cette terre où nous sommes,
Tu nous y as levés et encor nous pardonnes
De préférer le désespoir.

Tu maintiens l’être en tout et devant nous le monde,
Le monde est devant toi dans l’amour qui le fonde,
Le fonde et dresse en ostensoir ;

Un cantique indicible est la valse des sphères
Et le flux de la vie qu’en grâce tu confères ;
Mais tu m’abandonnes ce soir.

Je n’ai d’yeux pour personne et tous, tous m’indiffèrent ;
Et je ne sais que dire et je ne sais que faire
Qui ne heurte en moi l’amitié.

Car je n’ai plus de poids, comme une huile brûlée,
Et je n’ai plus d’envie : ma joie s’en est allée ;
Me reste en bien ma pauvreté.

Or Père, tu me viens — voici que mon cœur crève ;
Toi seul peut, moi seul nie : rends mon amour à Ève,
Ma force à sa fidélité.
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