Aztecas

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Voyageur et cogitateur chronique, l'écriture accompagne mes ressentis et mes rêveries depuis l'adolescence. Aujourd'hui, c'est le temps d'éclore et de partager. "Nouvelles dystopiques & Poèmes  [+]

Sépultures pyramidales,
Vaisseaux de pierres intemporels,
Ruines mystères et glyphes scarifiés,
Civilisations ancestrales,
Sacrifiées, éradiquées de la Terre...

*

Je déambule dans la jungle comme un jaguar fou, stuporeux,
Fou de ce décors dans le vert, jade et gluant sous la vague d’une mousson suintante,

Je suffoque d’émotion, le poitrail béant, la respiration haletante,
Je m’engloutis dans une foule de pagnes et de plumes bigarrés,

Je souhaite m’offrir en sacrifice sur l’autel basaltique de ta beauté cosmique et supérieure,

Je sens mon coeur qui fribrille dans le creux de ma paume ensanglantée,
Je veux m’en saisir, le presser comme un fruit mur, le voir ruisseler dans l’air des âges,

J’exige que mon organe vital pulse de mains en mains, comme une pelote fertile et fatale,
Je parcours l’aire du tlachtli* et je sens mon corps devenir léger comme une feuille de manguier,
Je lévite au-dessus des joueurs enfiévrés,

Je ressens un étrange picotement croissant qui me parcoure l’échine,
Bientôt, tout mon corps me démange,
Puis mon visage boursoufle et prend l’aspect de la chair de poule,
Bouffée sauvage d’adrénaline,

Poinçonné de toutes parts ; des plumes multicolores jaillissent sous mes yeux acérés,
Je triture ma face et m’extasie de mon plumage flamboyant,

Je suis un Chevalier-Guerrier Aigle,
L’on m’attribue un grand honneur pour dans la vie et l’après...

Je redescends en piqué et m’engouffre dans les coursives du palais royal,
Un labyrinthe de pièces aux fresques colorées dont il parait impossible d’échapper,
Je désire pourtant remercier le monarque !

Je tombe soudain, bec à nez, avec une somptueuse prêtresse d’Ixchel*
Un peu de douceur, un peu de beauté,
Une caresse olfactive éclabousse mon âme,
La fille se meut sous mes yeux injectés de rubis,
Sa posture lascive éveille une montagne sous mon pagne,

Elle s’approche de mon plumage et déclenche son déluge de charme,
Un leurre maudit, un piège pluvieux, une trompeuse apparence,
Le sol en convulse, une éclipse obscurcit son visage,

Mon macuahuilt* s’érige et glisse dans ma main,
D’un geste habile, je tranche en deux la vil dévote tel un cactus géant,
Le fruit de ses entrailles se répand sur mes griffes,
Je griffonne les glyphes de mon étonnement sur des tablettes d’argile,

L’obsidienne a sifflé dans l’air, mais tous ses morceaux ont éclaté comme du verre couleur encre,
D’une magie étonnante les éclats de silex se rassemblent,
Et forment un trou noir comme la nuit,
Sur le sol pavé en marbre blanc,

L’orifice ténébreux s’approfondit et s’illumine de constellations divines,
Des points, puis des rais stroboscopiques tracent tout un panthéon scintillant,

Je le vois, lui, Quetzalcoatl*, qui m’attire vers l’infra-monde*,
Mes deux appendices ailées basculent, aspirées dans le précipice astral,
Je disparais, gommé, évaporé par la matière noire,
Je plane au ralenti et chute de tout mon poids plume,
Dans un tourbillon de pierres précieuses et de voies lactées...

Le réveil est brutal, je m’écrase le frontal sur le carrelage de mon dortoir à San Cristobal...

Je me réveille en sursaut, je triture mon visage, point de plumes, mais d’la barbe, barbelée,
Et j’hurle, de rage, je ne sais pourquoi, le nom du destructeur conquistadores,
J’accompagne le nom célèbre de Cortez, d’une flottille de caravelles d’insultes insubmersibles...


*Tlachtli = Jeu de la pelote en langue Maya
*Ixchel = Déesse de la Lune chez les Mayas
*Macuahuilt = Longue épée de bois utilisée par les guerrier aztèques incrustée de lames tranchantes d’obsidienne
*Quetzalcoatl = Le Dieu serpent à plume. La divinité la plus importante du panthéon des civilisations méso-américaines
*Infra-monde = Le monde sous-terrain des Dieux dans les croyances pré-hispaniques
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